a la mère de famille

aux origines de la gourmandise parisienne

Photo ci-dessus : © Géraldine Martens

Dans les coulisses du chocolat

Photo ci-dessus: Boutique Historique © Alexandre Guirkinger

L’élégance d’un patrimoine vivant

Il y a des adresses qui semblent tout droit sorties d’un roman, des lieux dont l’histoire a traversé les siècles et créée une légende. Elles changent d’époque, de regards, parfois de mains, mais jamais d’âme. À la Mère de Famille appartient à cette catégorie rare : celle des maisons qui racontent une histoire plus grande qu’elles-mêmes. Une histoire de goût, de transmission et de passion, une histoire de gourmandise, de convoitise et d’élégance où le chocolat règne en maître.

Un écrin classé, témoin de l’histoire

À quelques pas des Grands Boulevards à Paris, au 35 rue du Faubourg-Montmartre, la boutique historique À la Mère de Famille existe depuis 1761. Lorsque Pierre-Jean Bernard, jeune marchand venu de Coulommiers, ouvre son échoppe d’épicerie, Paris vit encore sous le règne de Louis XV. On y vend alors confitures, fruits secs et confiseries rares, ces petits plaisirs qui font déjà battre le cœur des friands de douceurs.

Très vite, la maison trouve son nom et sa destinée. Au début du XIXᵉ siècle, Marie-Adélaïde Bridault, femme de caractère et commerçante visionnaire, transforme la boutique en véritable temple de la gourmandise. Sous son impulsion, les chocolats et confiseries attirent artistes, écrivains et élégants de passage. On vient y chercher un plaisir sucré, mais aussi une certaine idée du raffinement parisien.

Car entrer dans l’antre de À la Mère de Famille, c’est comme ouvrir un coffret ancien. La façade vert émeraude, soulignée de lettres dorées, classée monument historique depuis 1984, annonce déjà l’atmosphère. À l’intérieur, le parquet en mosaïque, les vitrines en bois patiné et les comptoirs d’époque composent un décor presque théâtral. Le temps semble suspendu, comme si chaque bonbon conservait la mémoire des siècles.

La dynastie Dolfi

La Maison a connu bien des gardiens. Au fil du temps, une vingtaine de propriétaires se sont succédé, chacun apportant sa sensibilité tout en respectant l’essentiel : le goût juste, le geste précis et la générosité des recettes. Depuis 2000, c’est la famille Dolfi qui veille sur ce patrimoine. Une tribu de gourmets où la passion du sucre se transmet comme un héritage vivant. À la tête de l’entreprise, Étienne Dolfi et ses quatre enfants – Sophie, Steve, Jane et Jonathan – dirigent la maison comme une aventure collective. Le père supervise l’ensemble tandis que les enfants apportent leurs expertises : Sophie imagine les packagings et l’expérience en boutique, Steve développe l’image et les marques, Jane s’occupe des grands comptes et Jonathan pilote production et finances.

Chez les Dolfi, les décisions se prennent souvent autour d’une table familiale. Les recettes se discutent, les idées s’échangent, les désaccords se transforment en créativité. Leur philosophie pourrait se résumer en une phrase simple : s’il y a plusieurs façons de faire plaisir, pourquoi choisir ? Cette liberté a donné naissance à un véritable univers gourmand. Aujourd’hui, le groupe compte 53 boutiques et 14 maisons à travers la France. Chocolateries, pâtisseries, confiseries et glaciers composent un réseau unique qui préserve des savoir-faire régionaux. Nice avec Auer, Limoges avec Buissière, Biarritz avec Henriet, Deauville avec Au Duc de Morny… autant de temples sucrés sauvés et réinventés.

Le goût de la transmission

En 2017, la reprise de Stohrer, la plus ancienne pâtisserie de Paris fondée en 1730, confirme leur rôle inattendu : celui de conservateurs du patrimoine sucré français.

Mais derrière l’attractivité des vitrines se cache un travail patient. Dans la fabrique de Chambray-lès-Tours, les gestes sont précis, presque chorégraphiés. Les noisettes et amandes sont torréfiées, le cacao broyé, les pralinés tournés dans des chaudrons de cuivre. Certaines machines sont anciennes, d’autres plus modernes ; toutes servent la même idée : préserver le caractère du goût. Ici, chaque chocolat a sa personnalité. Le Palet Montmartre, le Craque, le Florentin ou le Palet Or sont traités comme des créations à part entière. On dépose les pistaches à la main, on gratte la vanille au scalpel, on plonge les bonbons un à un dans le sirop. Une précision presque joaillière.

Du terroir à la tablette

Depuis quelques années, la famille pousse encore plus loin sa démarche. En voyageant aux origines du cacao – à Madagascar, en Haïti ou au Pérou – elle a développé un sourcing direct auprès des coopératives locales. Une manière de comprendre le produit depuis sa naissance, et de défendre un chocolat plus juste. Dans cet équilibre entre tradition et invention, À la Mère de Famille reste fidèle à sa promesse initiale : offrir un plus grand plaisir avec une qualité irréprochable.

Et peut-être n’y a-t-il pas de moment plus parfait pour cela que Pâques. Derrière les vitrines, les œufs, fritures et moulages se parent de rubans et de couleurs, comme des bijoux de saison. On les choisit avec l’excitation d’un enfant et l’élégance d’un rituel. Car au fond, c’est cela la magie de cette maison vieille de plus de deux siècles : transformer un simple carré de chocolat en une émotion intemporelle.

Un art de vivre, profondément français, qui rappelle qu’en matière de gourmandise – comme en couture – le vrai style ne se démode jamais.

Sylvie DI MEO

À la Mère de famillelameredefamille.com

 Photo ci-dessus : Boutique Rambuteau © Laurent Rouvrais

Photo ci-dessus :  © Géraldine Martens

 Photo ci-dessus : Boutique Rambuteau © Laurent Rouvrais

 Photo ci-dessus : Boutique Historique © Alexandre Guirkinger