christy, le combat d'une vie
Tiré d'une histoire vraie
Toutes les photos : D.R
Une transformation radicale
Tiré d’une histoire vraie, Christy s’inscrit à part dans la filmographie de David Michôd. Le cinéaste australien d’Animal Kingdom et du Roi délaisse les récits de pouvoir pour suivre, cette fois, la trajectoire d’une femme qui apprend à reprendre la sienne. Plus qu’un drame sportif, le film devient un portrait incandescent : celui d’une pionnière, d’une survivante, d’une icône presque malgré elle.
La boxe pour survivre
Christy Martin (Sydney Sweeney) grandit dans une petite ville de Virginie-Occidentale où l’avenir semble déjà écrit. Impulsive, combative, incapable de contenir une colère dont elle ignore encore l’origine, celle que l’on surnommera bientôt « la fille du mineur de charbon » découvre qu’elle possède un don : mettre ses adversaires K.O sur le ring. Repérée par l’entraîneur Jim Martin (Ben Foster), bientôt manager puis mari, elle s’impose dans un univers alors presque exclusivement masculin. Dans l’Amérique des années 1990, son style spectaculaire et sa puissance font d’elle la première grande star de la boxe féminine.
Mais David Michôd ne filme pas la boxe comme un simple spectacle. Ici, le ring devient un langage. Chaque coup semble dire ce que Christy ne peut formuler ailleurs. Derrière la réussite sportive s’écrit une autre histoire : celle d’une femme qui doit aussi se battre contre le regard des siens. Son homosexualité, incomprise et étouffée dans un environnement familial rigide – marqué notamment par une mère dure qui prône un conservatisme étriqué, incapable d’accueillir ce qu’elle est – la pousse à se taire, à jouer un rôle, à accepter l’inacceptable.
L’emprise
L’ascension glisse alors vers un drame intime, presque écrasant, où le danger n’est plus l’adversaire face à elle, mais celui qui partage sa vie. L’emprise conjugale s’installe silencieusement, et l’on comprend peu à peu que la championne capable d’encaisser les coups les plus violents sur le ring peine à se protéger dans son quotidien.
La métamorphose de deux acteurs
Sydney Sweeney surprend par une transformation radicale. Loin de toute coquetterie, elle accepte la fatigue, les bleus, la brutalité des combats filmés sans glamour. Elle ne cherche pas à rendre Christy héroïque ; elle la rend profondément humaine, forte parce qu’elle vacille, déterminée parce qu’elle a peur. Face à elle, Ben Foster compose un Jim Martin troublant, alternant douceur, protection et menace, ce qui rend la relation d’autant plus oppressante, et met le spectateur sous tension.
Le film refuse le spectaculaire attendu : les coups ratent, les corps s’épuisent, la violence s’installe dans la durée. Paradoxalement, le ring apparaît comme le seul endroit où des règles existent encore. La maison, elle, n’a ni arbitre ni gong.
Le prix à payer
Au-delà du sport, Christy évoque la violence conjugale, l’identité muselée et la lente reconquête de soi. Michôd filme sans démonstration, laissant l’émotion naître dans les silences, les regards et la fatigue des corps. Ce qu’il raconte n’est pas seulement la naissance d’une championne, mais l’apprentissage d’une liberté.
À la sortie, aucun palmarès, ni match ne s’impose vraiment.
Reste juste une femme qui découvre que le combat le plus difficile n’est pas de frapper plus fort, mais d’oser ne plus encaisser.
Sylvie di MEO
Christy – de David Michôd – 2h15 – Sortie Nationale le 4 mars 2026