colère, restaurant à paris

La colère gustative d'Eloi Spinnler

Toutes les photos : Pierre Lucet Penato

Poussez la porte, laissez-vous surprendre

Voici un jeune homme qui fait beaucoup parler de lui sur les réseaux sociaux et sur les plateaux de télévision. Il est facilement identifiable avec son étui à couteaux de bon faiseur. Il faut se méfier des gens qui font beaucoup parler d’eux ou qui sont trop exposés, mais ce dernier a eu l’idée -brillante- d’exprimer Les Sept Péchés capitaux au travers de ses restaurants (Groupe Bonaloi).  Le premier est Orgueil, ouvert en 2022 dans le onzième arrondissement de Paris, un troisième, dont le nom est gardé secret, est en préparation. Bien entendu, on glose beaucoup sur la création du restaurant Luxure.

Le piment roi soumis à la volonté d’un chef

Ce jeune chef a le désir ardent de promouvoir une consommation et une alimentation meilleure. Belles ambitions et en ce qui concerne Colère, mission réussie !  À sa carte Eloi Spinnler explore différents piments et leurs complexités et un simple œuf (Volcan) et ses mayonnaises à l’encre de seiche et piment devient non seulement une sensation mais aussi une émotion. Le chef qui ne maîtrise pas seulement le maniement des couteaux et des médias, prend grand soin d’équilibrer les piments et leur piquant pour que tout le monde, y compris ceux qui le redoutent, puissent y accéder. Il est aussi un fervent partisan du zéro déchet. En plat, on se laisse séduire soit par un Gnoccho à la romaine, petits pois, échalottes comté & œuf parfait ou encore un parmentier de canard, jus de viande et purée de pommes de terre au beurre fumé. Côté desserts, l’immanquable flan vanillé et caramel de piment ou le soufflé chocolat, glace kasha. La surprise est totale et ne suscite aucune colère mais le Plaisir avec un P majuscule.

Une décoration très réussie

Puisque ce numéro est consacré à la décoration, ce restaurant est très joliment décoré par l’agence Friedmann et Versace est agrémenté d’une pièce spectaculaire, une cheminée en forme de dragon de Gesso, artisan belge, qui trône au centre de la pièce qui évoque la colère mais qui rappelle aussi le film, Le Satyricon du génial Federico Fellini. Les tissus sont de la célèbre Maison Lelièvre que les décorateurs connaissent bien. La vaisselle est de la Faïencerie de Gien.

Aux murs, une patine bronze signée Atelier Paty, des carreaux en terre cuite émaillée en relief par Les Céramiques du Beaujolais, des pavés de verre cuivré et un tableau rouge, une couleur que l’on retrouve sur les chaises et sur les joints au sol. Le bronze est également un élément central dans la décoration de Colère ; un matériau durable qui rappelle son histoire guerrière dans les conflits antiques.

Le petit et le grand plus

Pour plonger dans l’ambiance de la Colère, une playlist rap des années 80/90, une période emblématique qui exprime des émotions fortes et des revendications sociales, mais celle-ci n’empêche pas la discussion. La surprise vient des toilettes ou l’équipement futuriste que l’on doit à la marque Trone et le papier peint vous projettent dans un autre univers le tout au son élevé d’une house music. C’est surprenant et amusant !

Au fond de la salle, derrière un rideau en tissu, Colère dévoile son Théâtre qui accueille jusqu’à 15 convives. Si l’on retrouve également l’expérience chez Orgueil, Colère pousse encore plus loin le curseur de la scénographie. Au dîner, les tables font non seulement face à la cuisine ouverte, mais également à un îlot de travail où officie une partie de la brigade, directement dans la pièce. Ici, les convives ne sont pas de simples spectateurs : ils sont invités à interagir avec le chef et son équipe à la manière d’un théâtre participatif. Le service est attentionné, soigné et sans une once d’arrogance ce qui n’est pas toujours le cas dans les restaurants dont on parle.

En résumé, si il est une adresse à retenir en ce moment, c’est bien Colère. Poussez la porte et laissez vous surprendre, par tous les éléments qui font de Colère une véritable parenthèse enchantée

Christian CHARRAT

Le bistrot : Au déjeuner, une formule à 18€ / 23€ / 28€ avec une entrée et un plat qui changent tous les jours. Le week-end, la carte du soir est proposée au déjeuner comme au dîner.

Le théâtre: Au déjeuner, un menu unique à l’aveugle en 4 actes à 50€ (avec accords mets vins à 30€), qui change chaque jour. Au dîner, l’expérience s’étire en 7 temps pour 78€ (avec accords mets vins à 44€)

Colère – 39 rue Richer 75009 Paris – Ouvert tous les jours, de 12h à 15h et de 19h à 00h – 90 couverts / 15 personnes au speakeasy – Réservation sur bonaloi.com