guérillero, une BD bouleversante
S'instruire avec un plaisir certain
Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir...
Ce que l’on aime par-dessus tout dans la BD est que l’on peut s’instruire tout en se divertissant. Les Éditions Dargaud s’intéressent aux événements dans le monde et dans notre société. Le dernier exemple en date est l’émouvant album Guérillero de Maria Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroche. Il témoigne d’une période tragique en Colombie, celle des enfants soldats. Généralement associés à L’Afrique centrale, le phénomène (disons l’horreur plutôt) existe ailleurs dans le monde. Il faut rappeler que la Colombie est un pays en quasi guerre depuis 1948, sans compter les affrontements des gouvernements successifs avec les narcotrafiquants.
L’histoire
Profitant du passage d’une unité des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) dans leur hameau au cœur d’une région reculée de la Colombie, Alberto, onze ans et l’une de ses sœurs s’enrôlent dans le groupe armé. Ils n’ont qu’une idée en tête : fuir la misère et la violence de leur père. Pendant presque cinq ans, les deux adolescents vivent la guérilla de l’intérieur, constamment en mouvement, traqués par l’armée régulière. Une expérience à la fois formatrice, dangereuse et sans issue. Alors qu’il gravit les échelons, Alberto est contraint de déserter avec sa sœur. Quitter les FARC n’est pas une mince affaire, mais ils y parviennent et sont orientés par la police vers un programme de réinsertion. La fin du tunnel paraît proche, mais le chemin est encore long et ardu pour espérer mener une existence apaisée.
Les enfants soldats, un drame humain
Ce qui est touchant dans cet album, c’est la dureté et les épreuves que la vie réserve à certains enfants à travers le monde. On ne peut qu’être ému par les difficultés de cette famille pauvre confrontée en plus à la violence du père. Ils doivent marcher pendant des heures pour se rendre à l’école ou aller se laver à la rivière. Leur quotidien est une lutte permanente. Ils s’habillent de vêtements qu’on leur donne ou qu’ils récupèrent et que leur mère tente maladroitement d’ajuster. Comment imaginer cela dans le confort de nos appartements ? Se retrouver avec des armes dans les mains, si jeune, est une aberration, une tragédie ! Ces enfants sont condamnés à errer de village en village pour se nourrir.
La dureté du récit est atténuée par le dessin rond et très maîtrisé de Jean-Emmanuel Vermot-Desroches. Ce dernier utilise un bleu pâle tirant sur le gris et parfois, au fil des pages, surgit une touche de rose, ocre ou rouge comme une lueur d’espoir car comme le dit l’adage « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » et sincèrement, on y croit, ne serait-ce que pour le héros.
Des dernières pages glaçantes
Alberto, le protagoniste de cette histoire, a vécu cet épisode de guerre totale contre l’insurrection. Dans les dernières pages de ce brillant récit, il raconte par exemple, sa rencontre émouvante avec un chiot qui le choisit comme maître dès leur première rencontre et qui, suite à son départ avec les FARC, se laissera mourir de faim. Tout est relaté dans les différents paragraphes de ces pages sous les titres : La guerre la plus intense en chiffres, Raconte l’Hydre de l’intérieur. Connecter, La guerre coûteuse d’un pays pauvre, Écouter une histoire quand les chiffres ne parlent pas.
Les auteurs
Maria Isabel Ospina est née en 1977 à Cali en Colombie, elle est diplômée en communication sociale et journaliste. Après avoir réalisé en 2000 Interprète de la mort, son premier documentaire, elle s’installe en France où elle continue de travailler dans le milieu de l’audiovisuel. Aujourd’hui, avec le scénario de Guérillero, elle signe sa première BD.
Jean-Emmanuel Vernot-Desroches né en 1974, passe par l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême. Il dessine en 2003 le tome 5 de Donjon Monsters, scénarisé par Sfar et Trondheim (Delcourt), après avoir été un des 324 auteurs du mythique Comix 2000. En 2006, il met en images Butch Cassidy scénarisé par Brrémaud et Bruno Duhamel (Vents d’Ouest). En 2021, il réalise seul Affamés chez Bang Ediciones, avant de dessiner ce passionnant Guerillero.
Guérillero – de Maria Isabel Ospina et Jean-Emmanuel Vermot-Desroches – Éditions Dargaud – 224 pages – 25 € – dargaud.fr





