Guiseppe tomasi de lampedusa

L'homme derrière
le Guépard

La genèse d'un best-seller

Tous les passionnés de lecture ou les cinéphiles connaissent Le Guépard, unique roman du prince Giuseppe Tomasi di Lampedusa. On ne sait que peu de choses sur l’auteur, hors son patronyme Giuseppe IV, duc de Palma, prince de Lampedusa, grand d’Espagne de première classe. La dignité de grand d’Espagne est l’échelon le plus haut de la noblesse espagnole, immédiatement inférieure à celle des infants, les fils du souverain et permet, entre autres, de rester tête couverte en présence du roi.

Loup Odovsky Maslov, satisfait notre curiosité avec une biographie passionnante sur cet homme cultivé épris de littérature. Il insiste sur le fait que sa seule œuvre aboutie fut refusée par huit éditeurs. Huit mois après sa mort, le livre enfin publié devient à la surprise générale le premier best-seller de l’histoire. 

La famille Tomasi di Lapedusa

Son père ressemble à un marmouset (un ouistiti) mais dégage un charme irrésistible et transpire la sensualité. Il accumule les maîtresses. Sa femme est l’une des plus belles femmes de Palerme mais a un caractère insupportable. La sœur aînée de Giuseppe, Stephania, décède de la diphtérie. Sa mère Béatrice ne s’en remettra jamais et se consolera en considérant Giuseppe comme sa fille. Ils habitent un palais cumulant 1.600 mètres carrés. Le grand-père lui enseigne l’histoire de la Sicile mais aussi celle de sa famille, et insiste sur le fait que tout noble se doit de se comporter en aristocrate. Giuseppe est donc destiné à être oisif, sans même savoir lire. En revanche, dès l’âge de huit ans, il s’exprime naturellement dans trois langues. Lorsqu’il apprend enfin à lire, il passe des heures dans la bibliothèque du palais aussi vaste qu’un hall de gare. Il parle d’une voix nasillarde et haut perchée, ses manières précieuses le font croire homosexuel. Il lui faut aller au bordel militaire pour convaincre ses amis du contraire. Car en 1915, l’Italie entre en guerre. Encore mineur, il se présente à l’armée comme volontaire durant un an mais ne peut aller sur le front. 

Dans sa famille on ne travaille pas

On dit de lui que son titre est la seule chose intéressante en ce qui le concerne… Il séjourne régulièrement à Londres chez son oncle ambassadeur d’Italie.  Il s’y plaît et courtise les petites anglaises. Il aime aussi la France bien que trouvant les français sales. À Londres, il rencontre Licy, dont le nom complet est baronne Alexandrine-Alice-Marie Wolf. Elle est alors mariée à un homosexuel dont elle divorce pour l’épouser. Plus riche que lui car la fortune des Tomasi di Lampedusa fut dilapidée par un oncle qui courait après les courtisanes. Elle constate rapidement que son nouvel époux est sous l’emprise de sa mère. Il a conservé sa chambre d’enfant mitoyenne de celle de sa mère ! Les relations entre les deux femmes sont houleuses. Licy, dotée d’une intelligence extraordinaire, pratique la psychanalyse. Le couple assiste à la montée du fascisme en Italie, Espagne et bien sûr, en Allemagne. Le 16 août 1943, la Sicile est entièrement conquise par les alliés mais c’est la mafia qui prend la place de l’autorité dictatoriale mise à terre. Suite à la fuite du roi d’Italie Umberto II, l’Italie proclame la république. 

Un lecteur passionné, qui entreprend l’écriture

Il lit beaucoup. En Juin 1952, l’inventaire de sa bibliothèque est de 6 047 volumes, auxquels s’ajoutent les 3000 livres survivants de la bibliothèque familiale. Il donne des conférences privées à une dizaine de jeunes gens appartenant à la noblesse locale étudiants en art. En mars 1955, il se décide à écrire un roman dont le héros serait son arrière-grand-père. À la manière de Proust, il s’inspire des personnes qui l’entourent. Avec son épouse, il se prennent d’affection pour un jeune noble, cadet d’un comte, Gioacchino, qui assiste régulièrement aux conférences de Giuseppe. Ils décidèrent de l’adopter tout en gardant l’usufruit de leurs biens. Le roi Umberto II, s’il valide l’adoption, s’oppose à ce que Gioacchino obtienne le titre de prince de Lampedusa qui revient de droit à la couronne d’Espagne. L’adoption de Gioacchino est actée le 3 juin 1957.

Le prince, lui, décède dans la nuit du 22 au 23 juillet 1957 d’un cancer des poumons, il a 60 ans. Il existe plusieurs versions du Guépard.  Le réalisateur Luchino Visconti di Modrone, comte de Lonate Pozzolo, des ducs de Modrone acheta les droits cinématographiques et en fit le chef d’œuvre gravé dans nos mémoires, avec un Alain Delon au sommet de sa beauté (film qui fit de lui une star internationale) et un Burt Lancaster au sommet de son art.

Cette biographie, passionnante à plus d’un titre, est un témoignage sur une société privilégiée et déclinante qui fascine toujours autant. À lire absolument 

Christian CHARRAT

Giuseppe Tomasi de Lampedusa – de Loup Odoevsky Maslov – Éditions Séguier – 320 pages – 23 € –  editions-seguier.fr