Martin parr au jeu de paume
Délitement d'une société à travers l'œil d'un photographe
Photo ci-dessus : Martin Paar – New York, États-Unis, 1999
180 œuvres traversant 50 ans de production
Photo ci-dessus : Martin Parr – Venice Beach, Californie, États-Unis 1998
Le Jeu de Paume à Paris rend un vibrant hommage au photographe britannique Martin Parr, disparu le 6 décembre 2025 à l’âge de 73 ans. Différentes séries réalisées depuis la fin des années 1970 jusqu’à̀ présent sont exposées démontrant le désordre généralisé́ de notre époque. Malgré cette vision saisissante, le travail de Parr reste réjouissant car l’humour tient une place prépondérante. Depuis cinquante ans, sans militantisme mais avec constance, aux quatre coins du globe, Martin Parr dresse un portrait réaliste des déséquilibres de la planète et des dérives de nos modes de vie.
Il photographie les travers de la société
De ses premiers clichés dans les îles britanniques et en Irlande, puis de ceux des années 1990 réalisés sur les cinq continents, émergent des thèmes récurrents : les turpitudes et les ravages du tourisme de masse, la domination de la voiture, les dépendances technologiques, la frénésie consumériste, ou encore notre rapport ambivalent au vivant. Il dénonce l’usage effréné des transports, la consommation d’énergies fossiles, la surconsommation globale et les dégâts environnementaux. Cette œuvre se révèle, avec le temps et l’évolution des mentalités, nettement plus grave qu’il n’y paraissait initialement. Avec le recul, son ironie mordante semble l’inscrire dans une certaine tradition satirique britannique : un humour incisif, une moquerie douce-amère, au service d’un regard critique, indirect mais profond.
Une réalité tragique
Ses photos, si elles font sourire de prime abord, appellent à une réflexion profonde sur notre avenir. En quelques 180 œuvres traversant plus de cinquante ans de production, l’exposition aborde, en 5 sections, nos turpitudes contemporaines, à travers des thèmes, des motifs, des obsessions récurrentes-: la façon dont les loisirs modifient l’environnement – du motif de la plage à̀ celui des déchets, Parr a saisi les mutations que l’évolution de nos modes de vie modernes apporte aux paysages, où le plaisir et le gaspillage, le naturel et l’artificiel coexistent et s’entremêlent sans cesse.
« Tout doit disparaitre » aborde l’univers consumériste qui est le nôtre. Parr dresse un inventaire cru et drôle de nos objets de désirs et nos modes de consommation. Envisagé comme une forme de religion nouvelle, les supermarchés, centres commerciaux, foires et salons deviennent, sous son objectif, le théâtre d’une course effrénée partagée par toutes les classes sociales.
« Petite Planète », du nom d’un de ses ouvrages les plus célèbres, traite du tourisme. Un de ses sujets de prédilection depuis quarante ans, dont il a, sur tous les continents, exploré les plaisirs, mais également les contradictions voire les impasses. Dans les lieux les plus emblématiques, il s’est intéressé aux habitudes et aux comportements de ce tourisme global, réalisant également, en filigrane, une étude des déséquilibres Nord/Sud.
Parr et sa guérilla visuelle
Conscient que les images ne suffisent plus à transformer le monde, il revendique toutefois une forme d’engagement discret, une guérilla visuelle capable de fissurer les représentations dominantes. Car si Parr utilise l’humour, c’est toujours au service d’une réflexion, souvent critique, qui cherche à̀ déstabiliser les visions idéalisées – notamment celles véhiculées par les médias et l’industrie culturelle. Beaucoup de ses images jouent des clichés pour les détourner, les critiquer, les déconstruire, mettre en lumière ce qu’ils ont d’absurde ou de mensonger. : de l’esthétique de la carte postale touristique à celle de la photographie animalière, de l’habitude du foodie à celle du selfie, ce sont les modes de vie et les imaginaires d’une partie de la planète qui sont interrogés, questionnés, et parfois moqués (à juste titre…).
Cette rétrospective n’est pas seulement une exposition de photos mais un miroir que Martin Parr tend à tous les visiteurs…
Martin Parr – Global Warning – jusqu’au 24 mai 2026 – Jeu de Paume 1, place de la Concorde – Jardin des Tuileries 75001 Paris – Tel : + 33 (0) 1 47 03 12 50 • jeudepaume.org