La fondation bullukian - lyon
bulle de paix et poésie au cœur de lyon
Photo ci-dessus : Portrait de l’artiste Sarah Jérôme, 2025 © Fanny Giniès
L'histoire d'une femme prisonnière dans la nature
Il existe au cœur de Lyon, un espace méconnu de tranquillité et de poésie : la Fondation Bullukian. Place Bellecour, elle offre, en accès libre, une pause bienvenue à l’écart du rythme trépidant du centre-ville. Actuellement et jusqu’au 27 juin 2026, elle accueille la plasticienne Sarah Jérôme. Car l’autre atout de cette galerie est d’exposer le travail de créateurs soigneusement sélectionnés par sa responsable, Fanny Robin. « J’aime particulièrement les artistes qui expérimentent la matière, travaillent des amorces poétiques, et dont la narration se situe dans des ambivalences où il y a toujours une seconde lecture » confie-t-elle.
Inspirée par un roman féministe
Formée à la danse (opéra de Paris), puis aux Beaux-Arts (également à Paris), Sarah Jérôme, installée à Montreuil (Seine-Saint-Denis) nourrit une démarche artistique à la croisée du mouvement chorégraphique et des arts visuels. La série d’œuvres qu’elle présente a été réalisée dans le cadre de sa résidence Bullukian / (abbaye royale de) Fontevraud dont elle est la nouvelle (et troisième) lauréate. Elles ont été inspirées par le livre « Le mur invisible », de l’écrivaine autrichienne Marlen Haushofer, publié en 1963 et considéré comme un roman de science-fiction féministe.
Des couleurs luminescentes
Ses réalisations racontent l’histoire d’une femme prisonnière dans la nature, retenue par un mur invisible. « Elles sont conçues pour être des fenêtres ouvertes sur un monde où l’imaginaire et le réel se rencontrent » souligne la quadragénaire qui explique sa démarche dans une vidéo en fin du parcours. Elle travaille la peinture à l’huile sur du papier calque, avec une palette intense et des couleurs acidulées, luminescentes, délavées. « J’aime la matérialité de ce support et son ambivalence. Sa surface translucide est comme une peau sur laquelle je façonne la trace, en grattant, ponçant, lissant ». Tandis que la sculpture lui permet de changer de perspective. On peut en voir un exemple dans la deuxième partie de l’exposition avec « Fugue », une installation inspirée de la pièce chorégraphique de Pina Bausch, « Les œillets ».
Un jardin intérieur
Le parcours traverse aussi un jardin intérieur, c’est l’autre belle surprise du lieu. Une cour inattendue et charmante avec son cheminement abrité, ornée d’œuvres d’artistes autrefois invités à la Fondation. Comme Lionel Sabatté qui a laissé une haute chouette chevêche en ferraille dans laquelle on peut se réfugier. Ou Jérémy Gobé qui a recouvert une façade d’immeuble en mortier minéral à motif de pierre vermiculée, recouvert d’une peinture innovante irisée qui varie avec la lumière.
Un bâtisseur arménien
Toutes ces découvertes ne seraient pas possibles sans l’initiateur de la Fondation : Napoléon Bullukian (1905/1984). Enfant d’une famille aisée (prénommé ainsi en hommage à la France), il a été chassé de Turquie lors du génocide arménien. Esclave, puis ouvrier, il est devenu un entrepreneur majeur en bâtiment et un collectionneur. Sans enfant, il a souhaité créer cette Fondation avec la volonté d’encourager la recherche médicale, de soutenir la communauté arménienne et d’aider les jeunes artistes. …Et finalement d’apporter avec ce centre d’art de 1500 m², réaménagé depuis 2019, un immense bonheur
Isabelle BRIONE
Le mur invisible de Sarah Jérôme – jusqu’au 27 juin 2026, 26 place Bellecour, Lyon 2e – Entrée gratuite du mardi au samedi de 11h à 18h. Visites commentées tous les samedis à 16h. Gratuit, sans réservation. A noter, l’exposition sera présentée à l’automne 2026 à l’Abbaye royale de Fontevraud (Maine-et-Loire). Plus d’infos : bullukian.com et sarahjerome.com