La grazia de paolo sorrentino
Un film touché par la grâce
Toutes les photos : © Andrea Pirrello
Un acteur inspiré et habité
Le réalisateur italien Paolo Sorrentino, nous avait ébloui avec son film Il Divo (2008) Toni Servillo tient le rôle de l’homme politique italien Giulio Andreotti. Il récidive avec Toni Servillo et nous offre un chef-d’œuvre absolu La Grande Belleza avec là encore Toni Servillo dans le rôle principal, projeté au Festival de Cannes en 2013. Le film reçoit en 2014 l’Oscar du Meilleur film en langue étrangère. Les fous de cinéma disent qu’ils ont trouvé là le fils spirituel du génial Federico Fellini. Impression confirmée avec la série The New Pope avec Jude Law. Le réalisateur déçoit cependant avec Parthénope sorti en 2024.
L’histoire
Le président de la République italienne Mariano De Santis est désormais âgé et arrive au terme de son mandat. Il est très populaire auprès des italiens.Veuf, ancien juriste et profondément catholique, il sera confronté à deux derniers dilemmes : accorder la grâce à deux personnes qui ont commis un meurtre dans des circonstances pouvant être considérées comme atténuantes et promulguer la loi sur l’euthanasie.
Toni Servillo, un immense acteur
Toni Servillo, qui porte ce film entièrement sur ses épaules, est absolument magnifique dans le rôle de cet homme vieillissant proche de la retraite, juriste de métier, qui a écrit un code pénal de 2046 pages et que l’on surnomme Béton armé. Sous la surface, on sent la souffrance de l’homme inconsolable de la perte de sa femme mais avec une volonté farouche de savoir avec qui elle l’a trompé, il y a des années ? C’est un homme politique tel qu’on aimerait en voir plus souvent, intègre, juste, brillant et avec une certaine empathie, c’est donc une fiction, bien que de Santis était très apprécié du peuple italien. Servillo joue le doute, la mélancolie et la lassitude avec maestria. Le président ne peut se résoudre à abréger les souffrances d’un cheval (scène bouleversante.) C’est l’expression de la souffrance d’une fin de vie et de la loi qu’il se refuse à signer car profondément catholique. Il se pose cette question existentielle: à qui appartient notre vie ? Pour tenter d’y répondre, il se rend en prison, et attend son tour, pour décider qui choisir à gracier entre un homme et une femme coupable d’homicide. Toni Servillo, reçoit pour son rôle de président tout en subtilité, la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra de Venise en 2025.
Le style Paolo Sorrentino
Revenons au lyrisme de Paolo Sorrentino et à son style identifiable de suite. On retrouve des cadrages, des éclairages, des situations, parfois drôles, mais moins surréalistes que dans La Grande Belleza car nous ne sommes pas dans le même contexte. La scène où le président, lors de son départ, décide de rentrer à pied chez lui, escorté par une dizaine de gardes du corps, est bouleversante mais réussit à nous tirer un sourire. Tout comme le pape noir coiffé de dreadlocks et qui part sur moto… C’est un film d’une beauté sobre mais imprégné d’émotions que le public ressent et que l’on doit aux comédiens tous excellents.
En résumé, un grand et beau film à voir de toute urgence
Christian CHARRAT
La Grazia de Paolo Sorrentino – avec Toni Servillo, Anna Ferzetti, Sylvia Marigliano, Massimo Venturiello – 2h13 – pathe.com