LE MAÎTRE DU KABUKI

Une amitié qui se transforme en rivalité

                                      Toutes les photos : ©  Pyramide Distibution

Les Onnagata, de jeunes garçons qui tiennent des rôles de femmes

Voilà un film qui nous entraîne au fil des décennies et à des kilomètres de la France et dans une expression théâtrale méconnue ici, le Kabuki.  Le kabuki est la forme épique du théâtre japonais traditionnel. Centré sur un jeu d’acteur à la fois spectaculaire et codifié, il se distingue par le maquillage élaboré des acteurs et l’abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce et a vu son émergence au XVIe siècle.

Apparition des Onnagata

À partir de 1612 les troupes de femmes (onna kabuki) avaient vu émerger la concurrence d’un kabuki d’hommes (wakashu kabuki ou ōkabuki), pour éviter les troubles à l’ordre public car les femmes étaient des prostituées. L’interdiction des troupes de femmes propulsa ce type de troupes au premier rang, les jeunes garçons pouvant jouer les rôles féminins à s’y méprendre. Les hommes se spécialisèrent alors dans les rôles féminins. Le but de ces acteurs, appelés onnagata est d’exprimer la féminité aussi bien, sinon mieux qu’une femme. Il faut préciser que dans l’ensemble, ils ne sont pas homosexuels. Les hommes se spécialisèrent dans les rôles féminins. Ils pratiquent un jeu outré, où les acteurs accentuent la prononciation des mots et leur gestuelle (les costumes et le maquillage sont aussi exagérés). En outre, le jeu des acteurs met l’emphase sur l’action, et les personnages sont souvent dotés de facultés exceptionnelles. 

Un acteur déclaré Trésor national vivant

Actuellement, le kabuki demeure le plus populaire des styles de théâtre traditionnel japonais en termes d’audience.  Le film, lui, a été vu au japon par plus de 12 millions de spectateurs et l’acteur Nakamura Takanosuke, fut déclaré en 1994 « Trésor national vivant. » Le kabuki a été classé parmi les chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’Unesco dans la troisième proclamation (24 novembre 2005). 

L’histoire du film

Nagasaki, 1964 – À la mort de son père, chef d’un gang de yakusas (mafieux japonais,) Kikuo (Ryô Yoshizawa,) 14 ans, est confié à une célèbre acteur de kabuki. Aux côtés de Shunsuke (Ryusei Yokohama,) le fils unique de ce dernier, il décide de se consacrer à ce théâtre traditionnel. Durant des décennies, les deux jeunes hommes évoluent côte à côte de l’école du jeu aux plus belles salles de spectacle, entre scandales et gloire, fraternité et trahisons… L’un des deux deviendra le plus grand maître japonais de l’art du kabuki. 

Tout comme les pièces de théâtre kabuki dans la réalité au Japon, l’action est très lente, parfois trop. Si les décors et les costumes sont superbes tout comme dans les vrais spectacles, de belles images ne suffisent cependant pas à fidéliser l’attention. Les deux jeunes acteurs sont parfaits dans cette amitié qui se transforme en affrontement pour atteindre le sommet de leur art, quitte à tout sacrifier pour devenir un Trésor national vivant. Les cadrages et la photographie sont superbes prouvant l’esthétisme et la maîtrise absolue du réalisateur pour son sujet.  Mais cette longueur (le film dure trois heures,) finit par irriter. Le spectateur à l’impression de voir les scènes se répéter, la fin s’éternise ce qui nuit à l’intrigue. On s’y ennuie avec élégance et langueur certes, mais ce n’est pas le but d’un film.  Si ce film avait été plus concentré, raccourci, il aurait pu nous toucher davantage, dommage…

Christian CHARRAT

Le maître du kabuki – de Sang-il Lee avec Ryô Yoshizawa, Ryusei Yokohama – 2h54 

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