le parc ou l'art du désir

Au palais garnier à paris

                   Photo ci-dessus : Le Parc (Angelin Prejlocag), Dorothée Gilbert, © Maria-Helena Buckley

Les temps forts de cette édition 2026

Photo ci-dessus : Le Parc. (Angelin Prejlocaj) Dorothée Gilbert et Guillaume Diop © Maria Helena Buckley

« Qu’en est-il aujourd’hui de l’amour ? » se demandait Angelin Preljocaj en 1994 lors de la création du Parc pour le Ballet de l’Opéra National de Paris. Plus de trente ans plus tard, le monde a changé, mais son ballet intemporel a fait le tour du monde et fait toujours danser Paris. Sur la musique de Mozart, Le Parc raconte l’histoire de la naissance du désir. Dans un jardin à la française du XVIII siècle, une femme entourée de ses amies rencontre un homme. Rien ne se passe, sinon des regards…un jeu de séduction s’installe, une attente.

Preljocaj ne reconstitue pas le passé : il l’observe avec un œil contemporain. Les perruques poudrées et les robes pastel ne sont qu’une façade. Sous les gestes codifiés – révérences, courses circulaires, mains qui s’effleurent sans se toucher – affleure une modernité presque troublante. On comprend peu à peu que ces corps policés sont traversés par quelque chose d’éternel : le trouble de l’attirance, la lente construction du consentement, la peur d’aimer.

La force de la grâce absolue

Sous les ors du Palais Garnier, dans un jardin secret, deux silhouettes y font battre le cœur de l’Opéra.

Guillaume Diop, jeune danseur étoile exceptionnel, entre en scène comme on entre dans un rêve : une présence douce mais magnétique, presque silencieuse. Son geste n’est jamais démonstratif ; il attire. Chaque porté semble suspendu hors du temps, comme si la gravité acceptait, l’espace d’un instant, de négocier avec la poésie.

Face à lui, Dorothée Gilbert, danseuse étoile hors norme. Elle n’interprète pas la Femme : elle la suggère. Sa danse est une ligne continue, un souffle long, un murmure qui devient évidence. Le célèbre pas de deux du baiser ne se regarde pas : il s’attend. Et lorsqu’il arrive, on retient sa respiration devant ce moment de grâce où la pesanteur semble disparaître.

La chorégraphie, magnifiée par la musique de Mozart, prend alors des airs de confidence nocturne. Les bosquets stylisés deviennent des alcôves, les costumes poudrés cessent d’être XVIII pour devenir futuristes. On ne suit plus un récit amoureux, on en éprouve le vertige.

L’éveil de la sensualité

Les jeux de poursuite deviennent presque cruels, les rondes sociales des stratégies, les sourires des aveux. On assiste moins à une romance qu’à un apprentissage charnel. Chez Gilbert et Diop, le contact n’est pas seulement sensuel : il est chargé d’électricité. Une main sur un poignet devient une tentation. Une proximité devient un risque. Et puis arrive ce moment célèbre : le pas de deux final. Il n’a rien d’un simple duo amoureux. C’est un abandon confiant et passionné.

La femme court vers l’homme dans un long baiser suspendu où elle semble flotter horizontalement dans l’air – le temps cesse d’exister. Guillaume Diop danse avec une douceur protectrice, presque attentive, tandis que Dorothée Gilbert abandonne peu à peu la maîtrise parfaite de l’étoile pour quelque chose de plus rare : la vulnérabilité. Ce n’est plus une figure chorégraphique mais la matérialisation du désir assumé. On est subjugué, ému, bouleversé.

Ce soir-là, le ballet n’est pas seulement un spectacle, il est une confidence érotique empreint de délicatesse, un baiser qui se prolonge dans un tournoiement aérien des corps.

Ce soir-là, on ne sort pas du théâtre en parlant de technique.
On sort en silence, comme après une rencontre, éblouis.

Ce soir-là, c’est Paris comme on l’imagine, celui de l’amour et de l’émotion.

Sylvie DI MEO

Le Parc – Opéra Garnier –Jusqu’au 25 février 2026 – 1h40 sans entracte – operadeparis.fr

 Photo ci-dessus : Le Parc. (Angelin Prejlocaj) Dorothée Gilbert et Guillaume Diop © Maria Helena Buckley

Photo ci-dessus :  Le Parc. (Angelin Prejlocaj) Dorothée Gilbert et Guillaume Diop © Maria Helena Buckley

Photo ci-dessus : Le Parc. (Angelin Prejlocaj) Dorothée Gilbert et Guillaume Diop © Maria Helena Buckley

 Photo ci-dessus : Le Parc. (Angelin Prejlocaj) Dorothée Gilbert et Guillaume Diop © Maria Helena Buckley