Les contes d'hoffmann - lyon
Trois femmes et trois histoires
Toutes les photos : © Paul Boudrel
Des arias connus de tous
L’opéra de Lyon propose actuellement Jacques Offenbach et Les Contes d’Hoffmann, un opéra comique créé en 1881 avec un livret de Jules Barbier. Composé en cinq actes ou un prologue, trois actes et un épilogue d’une durée de 3h55 avec deux entractes. Cela peut sembler long mais la mise en scène de Damiano Michieletto, les costumes et les voix des interprètes sont formidables! Si on rajoute à cela le talent d’Offenbach, le temps s’égrène joyeusement devant une salle comble.
Trois femmes, trois histoires complexes
Dans une taverne de Nuremberg, la Muse apparaît ((la mezzo soprano, Jenny Anne Flory.) Elle révèle son intention d’attirer l’attention d’Hoffmann et de lui faire renier toutes ses autres amours : la poésie. Le ténor péruvien Yvàn Ayon Rivas, étonnant et très convaincant en Hoffmann à différents âges, arrive dans la taverne où des étudiants l’attendent. Il les amuse avec l’histoire du nain Kleinzach puis leur raconte ses trois histoires d’amour : – Olympia, (superbe voix de soprano de la norvégienne Eva Langeland Gjerde). Elle enchante et transporte littéralement le public avec l’air célèbre Les oiseaux sous la charmille. Olympia est en fait un automate et non une femme… – Puis c’est l’amour avec Antonia. La soprano Marina Edris, convaincante dans sa souffrance, vit sous l’emprise d’une terrible maladie et doit pour cela éviter de chanter. Terrible car elle a hérité de la magnifique voix de sa mère. C’est pour cette raison que Crespel, son père, (le baryton Vincent le Textier, excellent) défend à sa fille de chanter et, du même coup, de fréquenter Hoffmann. Car ce dernier l’encourage à poursuivre sa carrière de cantatrice. Antonia accepte à contrecœur. Mais alors qu’elle est seule, le docteur Miracle, le baryton-basse, Marko Mimica, ce diable sombre et séduisant qui prend différentes apparences, s’impose avec force et brio. Il vient à elle et tente de la convaincre de poursuivre son rêve car Hoffmann ne l’aime que pour sa beauté et se lassera avec le temps. Elle succombe alors à une syncope.
L’influence de Stanley Kubrick plane sur le quatrième acte
L’histoire nous transporte dans un palais à Venise. Hoffmann, désabusé par ses expériences précédentes, raille l’amour et célèbre l’ivresse en jurant de ne pas succomber aux charmes de la courtisane Giulietta (la mezzo-soprano Clémentine Margaine, sûre de son pouvoir de séduction.) Celle-ci relève le défi sous les ordres du capitaine Dapertutto (toujours le diable, Marko Mimica, mais sous un autre nom). Elle doit voler le reflet d’Hoffmann à l’aide de son miroir magique. Au cours d’un duo, elle y arrive et s’enfuie. Hoffmann se lance à sa recherche mais la voit passer en gondole dans les bras de son nouvel amant, Pittichinaccio (le ténor Vincent Ordonneau.)
Juste un bémol sur le décor et les costumes du quatrième acte, tout cinéphile averti aura reconnu l’influence très (trop) présente du film de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut. Les chœurs, sous la direction de Benedict Kearns sont excelllents !
Trois femmes en une seule : Stella
De retour à la taverne de Nuremberg, Hoffmann, ivre et âgé, comprend que Olympia, Antonia, et Giulietta ne sont en fait que trois facettes de la même personne : Stella, jeune fille, artiste et courtisane. La diva apparaît au même instant et repart au bras de Lindorf (toujours le maléfique Marko Mimiva). Resté seul avec lui, Nicklausse (la mezzo-soprano Victoria Karkacheva s’impose lors de ses diverses apparitions) lui dévoile son identité de Muse et déclare : « Renais poète ! Je t’aime Hoffmann ! Appartiens-moi ! »
Grâce aux talents des interprètes et à la qualité des décors, sans parler des chants célèbres : Glou, glou,glou, Les oiseaux dans la charmille ou encore, Belle nuit, ô nuit d’amour finissent de séduire un public conquis et joyeux.
Cette coproduction Opéra de Lyon, Opera Australia, Royal Opera House Covent Garden, FondazioneTeatro, La Fenice di Venezia, mérite vraiment le détour. À savourer comme une coupe de champagne est à voir en urgence !
Christian CHARRAT
Les Contes d’Hoffmann – de Jacques Hoffenbach – Opéra de Lyon – le 27 / 29 décembre 2025 et le 1er, 3 et 5 janvier 2026 -Opéra de Lyon – 1 place de la Comédie 69001 Lyon – Billetterie 33+ (0)4 69 85 – opera-lyon.com