Les éclats

Brillant, déroutant, haletant

Il maîtrise son récit avec brio.

Le dernier livre de l’auteur à succès Bret Easton Ellis, Les éclats paru aux Éditions 10-18, est remarquable. Et ce, malgré le placement de produits, pratique courante au cinéma, mais assez irritante en littérature.

Le summum est atteint avec son roman totalement insupportable, à cause du name dropping, Glamora. Malgré cette démarche commerciale, on ne lâche pas ses romans.  Fidèle à ses thèmes, voire ses obsessions, ses personnages sont jeunes, beaux, riches, accros aux drogues, au sexe et la violence n’est jamais loin. On le soupçonne de nihilisme. 

Il commence sa jeune carrière avec Moins que zéro, fort bien accueilli. Son roman American Psycho adapté au cinéma est un choc. On reproche à son héros d’être misogyne. Il est vrai que Patrick Bateman, interprété par le beau Christian Bale, assassine les femmes qu’il attire grâce à son physique de playboy.  L’auteur revendique ouvertement son homosexualité, doit-il pour autant être taxé de misogynie ?  Son ouvrage, Les lois de l’attraction, est également adapté brillamment au cinéma par Roger Avary, avec une Faye Dunaway totalement dépassée par son fils, beau garçon et totalement ingérable. 

Vous l’avez compris, Ellis a une écriture très cinématographique. Il aime les marques de luxe et le sexe qu’il décrit avec une précision de voyeur. La beauté l’obsède. Peut-être aurait-il aimé travailler dans l’univers de la mode, entouré de mannequins à la plastique parfaite. Il chérit les spoiled brats (enfants-gâtés) et tout comme l’écrivain Scott Fitzgerald, il est fasciné par les gens fortunés et leur style de vie parfois décadent.

Mais revenons à son dernier livre, Les éclats, dont le pitch glaçant s’approche d’une fiction noire assez paranoïaque : dans l’univers très protégé de jeunes gens riches et séduisants : Bret (le double de l’écrivain, personnage principal et homosexuel caché), Thom, Susan, Debbie (la petite amie de Bret), sont en terminale au prestigieux lycée privé de Buckley. Débarque un jour, un nouvel élève charismatique et très beau.  Son arrivée sème le trouble dans le groupe de garçons et filles. Mais ce dernier, Robert Mallory, a un secret… Serait-il lié à un tueur en série que l’on appelle le Trawler (le chalutier) qui sévit à Los Angeles dans les quartiers huppés où habitent les protagonistes ?  Des jeunes femmes sont assassinées, des animaux torturés dont la description est à la limite du supportable…

L’écrivain rusé, maîtrise son récit avec brio car il mélange la fiction avec sa propre vie, c’est proche de la schizophrénie.  Son héros non seulement porte son nom, mais tout comme l’auteur dans sa jeunesse, il écrit son premier roman Moins que zéro. On le sent passionné de musique vu les nombreuses chansons citées au fil du roman.  Malgré certaines scènes très pénibles, il est presque difficile de se détacher de ce livre, ne serait-ce que pour aller dormir, tant l’intrigue est haletante même si elle vire au cauchemar. On peut considérer Les éclats comme une œuvre forte en partie auto biographique et qui sera sans nul doute, un best-seller.

Christian CHARRAT

Les Éclats  – de Bret Easton Ellis – Éditions 10-18 – 912 pages – 10,70 € – lisez.com/1018/16e

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