Malick sibidé & RSF
L'œil de Bamako
Photo ci-dessus : RSF cover n° 81, Nuit de Noël, Chappy club, 1963 © Malick Sidibé / Studio Malick Sidibé
Le temps des surprises-parties
Photo ci-dessus : Malick Sidibé, autoportrait circa 1960 © Malick Sidibé / Studio Malick Sidibé
C’est le 81ème album de la belle collection de Reporters sans frontières – 100 photos pour la liberté de la presse – et ce numéro nous enchante tout autant que les autres. Malick Sidibé né en 1935 à Soloba, un village situé près de Bamako est remarqué pour ses qualités de dessinateur. Il obtient un diplôme de joaillerie en 1955, se forme ensuite à la photographie auprès de Gérard Guillat surnommé « Gégé la Pellicule. » Ce surnom donne le ton de cet album, témoignage visuel et précieux d’une époque joyeuse mais hélas révolue…
Au début des années 1960, il ouvre son studio dans le quartier de Bagadadji, au cœur de la capitale malienne. Les portraits qu’ils réalisent se distinguent par leur spontanéité et la proximité qu’il instaure naturellement avec ses modèles. Il parcourt la ville en pleine transformation portée par l’élan d’indépendance récente du pays, aujourd’hui devenu une dictature.
Témoin indispensable des bals en tous genres
Il est comme le photographe Foc Kan à Paris qui, lui, immortalise les soirées du Palace ou des Bains Douches, temples de la nuit parisienne. Malick, lui, couvre les bals et les « surprises parties », où les jeunes s’approprient les nouvelles influences musicales et les danses venues d’Europe, des États-Unis ou de Cuba. Ils adoptent la mode occidentale et rivalisent d’élégance, parfois même à la limite du ridicule. On retrouve là avec enchantement le goût des africains et surtout, celle des « sapeurs » membres de la SAPE acronyme de la Société des Ambiançeurs et des Personnes Élégantes de la République du Congo. Durant les week-ends et les vacances, ces célébrations se prolongent jusqu’à l’aube, souvent sur les rives du fleuve Niger.
La construction d’une identité collective
Malick Sidibé immortalise la conquête de cette nouvelle modernité et fige ainsi la fierté nationale en travaillant à l’extérieur ou dans son studio. Les modèles se livrent avec confiance, il construit des décors, ajoute certains accessoires pour capter la fierté et la joie de poser pour lui. On vient le retrouver en moto ou en mobylette. On y va seul (e) ou en famille, les fratries viennent poser, on s’y bouscule. On doit la découverte de ses clichés à la photographe française Françoise Huguier qui, soulignons-le, a créé les Rencontres de la photographie de Bamako en 1994. La reconnaissance mondiale grandit et culmine en 2007 lorsqu’il reçoit le Lion d’Or de la Biennale de Venise pour l’ensemble de son œuvre.
Il s’éteint en 2006 à Bamako, laissant une œuvre immense, populaire profondément humaniste et heureuse. Ses clichés sont devenus des icônes, ils célèbrent la jeunesse, la liberté identitaire et le portrait comme outil de passation et de mémoire.
Une action essentielle pour la liberté de l’information
Il est important de préciser que chaque album acheté participe à la défense de la liberté de la presse partout dans le monde car 100% des ventes financent les actions de RSFS de manière concrète. 10 pages sont d’ailleurs consacrées aux actions réalisées.
Les journalistes ne meurent pas, ils sont tués. Le nombre est reparti à la hausse du fait des pratiques criminelles des forces armées régulières ou non et du crime organisé.
Le prédateur par exemple, le plus sanglant est le chef d’état Mikheïl Kavelashvili, ex -buteur de l’équipe nationale de football devenu président de Géorgie. Entre jeu russe et anti-jeu europhobe, il enfonce un peu plus son pays dans les profondeurs du Classement RSF de la liberté de la presse.
Citons pour terminer le travail de ceux et celles qui témoignent dont Francisca Christy Rosana, Nour Swirki et Dmytro Khyliuk.
En achetant cet album, non seulement le geste est utile mais on se fait plaisir. C’est joyeux, ludique, on garde au fil des pages le sourire au coin des lèvres…
Christian CHARRAT
Malick Sidibé – 100 Photos pour la liberté de la presse – RSF – 120 pages – 12,50 € – RSF.org