rue malaga, souvenirs et renaissance

Sublimer la vieillesse

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Carmen Maura toujours étincelante

Maria Angeles, 79 ans, vit seule à Tanger. Sa vie bascule quand sa fille arrive de Madrid pour lui annoncer qu’elle veut vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu et la rapatrier en Espagne. Avec « Rue Malaga », Maryam Touzani signe son 3e long métrage, prix du public au dernier festival de Venise. Elle offre le premier rôle à une actrice octogénaire (Carmen Maura) et plonge dans les souvenirs familiaux de son enfance.

Une fille cruelle

Infirmière quadragénaire, mère de deux enfants, séparée et en difficultés financières, Clara, la fille de Maria, ne craint pas de brader les meubles de sa mère chez un brocanteur et de l’envoyer à l’hospice. « J’avais envie que l’on comprenne ce qu’elle endure. Ce n’est pas facile pour elle, elle est en mode survie. En Espagne, il arrive souvent que les parents soient envoyés en EHPAD, explique Maryam Touzani de passage à Lyon pour une projection à la presse. Clara pense que la vie de sa mère est derrière elle…. Ce que « Rue Malaga » s’applique finalement à nier.

Sublimer la vieillesse

« J’avais envie de sublimer la vieillesse » indique la réalisatrice. Le spectateur retrouve la muse de Pedro Almodóvar, octogénaire, légère et malicieuse. Accrochée à son appartement et ses souvenirs, certes, mais partante pour l’aventure amoureuse. « Au cinéma, on cache trop les corps vieillissants, estime Maryam Touzani. C’est injuste, c’est beau de voir ces rides, cela veut dire que l’on a vécu. J’avais envie que l’on parle de la beauté de la vieillesse. Carmen Maura m’a confié : « j’ai tourné plus de deux cents films et l’on ne m’a jamais demandé de me déshabiller. Il y a quinze ans, j’aurais dit « non ».

L’ancienne journaliste, spécialisée dans le cinéma du Maghreb, poursuit : « j’avais envie que l’on parle de la vieillesse pas comme une fin, mais comme une renaissance, avec la découverte de choses jamais vécues avant ».

L’octogénaire peut être espiègle, en témoignent les propos savoureux et drôles tenus par l’héroïne face à son amie d’enfance (une religieuse qui a fait vœu de silence). Voilà une liberté et un humour que ne renierait pas l’auteur de « Femmes au bord de la crise de nerf ».

Des souvenirs familiaux

Les commissions achetées dans une ruelle pleine de vie et de petits commerces, la préparation détaillée en cuisine de la tortilla et des croquetas, une chanson en espagnol « Toda una vida » qui revient en boucle, des meubles anciens que l’on l’effleure … Il y a beaucoup de sensualité et de souvenirs dans « Rue Malaga » (qui représentera le Maroc aux Oscars en mars).

« Le film est né du manque de ma mère décédée de manière inattendue en février 2023. Il est en espagnol car j’avais besoin d’entendre cette langue qui nous liait au quotidien, raconte la cinéaste. Mais le personnage de Maria est très inspiré de ma grand-mère. C’est le premier film que je tourne à Tanger, la ville dans laquelle je suis née et où j’ai passé ma jeunesse ». Une cité à part, située à 14 km seulement de l’Espagne.

Et si vous allez vous promener là-bas, sachez que la vraie rue Malaga étant aujourd’hui abîmée par des immeubles, les scènes ont été tournées dans la rue d’Italie qui monte vers la kasbah.

Isabelle BRIONE

Rue Malaga – de Mayam Touzani avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane – 1h56 – advitam.com

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