simenon - barrio negro
collection simenon, les romans durs
La longévité du couple
Quelle riche idée que de piocher dans la littérature de l’auteur Georges Simenon, qui écrivit d’abord sous différents pseudonymes dès 1920 et c’est seulement en 1929 qu’il signe désormais de son vrai nom. On connait tous la série des Maigret, 75 romans et 28 nouvelles. Ses différents romans Maigret sont des succès en librairies, à la télévision et au cinéma.
Son fils John, explique pourquoi son père les appelait « les romans durs. » Autant l’écriture de la série des Maigret lui est facile, autant les autres romans, non policiers, étaient difficiles à écrire et le laissaient à chaque fois épuisé, exsangue.
L’histoire
Amiens, années 30. Les cloches de l’église à la volée, et les jeunes mariés, radieux, posent avec leurs proches sur le perron de l’église. Dans quelques jours, Germaine et Joseph quitteront leurs familles pour l’inconnu. Joseph a accepté la place de directeur de la Société anonyme des mines de l’Équateur. S’ensuit une traversée idyllique sur un luxueux bateau, puis l’arrivée à Panama dans un hôtel de rêve. Ce seront les derniers moments heureux du couple. Bientôt, la nouvelle tombe ; la SAME a fait faillite ; l’argent promis n’arrivera pas. Le rêve s’arrête là, leur histoire commune également. Joseph et Germaine, amoureux de toujours, ne se comprennent plus. Leurs vies divergent soudainement, irrémédiablement.
Cette histoire touche pour plusieurs raisons. Tout d’abord sur la longévité d’un couple face aux difficultés financières et progressivement à l’effacement des sentiments amoureux qui se délitent. Le sentiment de faiblesse de Joseph, un être tourmenté, qui cherche la force dans la boisson, qui l’isole encore plus, au point de devoir vivre dans le quartier noir (le barrio negro.) Il y découvre une certaine forme de liberté, de solidarité et aussi d’amour. Mais Simenon met l’accent sur la violence et le mépris des expatriés blancs. Le train de vie des blancs est une insulte quotidienne faite à la population locale et ce dans de nombreux pays à cette époque.
Les éditions Dargaud, confirment la richesse et diversité de leur ligne éditoriale. Elles sollicitent José-Louis Bocquet pour le scénario et Javi Rey pour les dessins très réussis et soutenus par une belle palette de couleurs. Malgré la noirceur du récit, les deux auteurs réussissent à nous retenir du début à la fin du récit, ils donnent de la douceur à un récit dur. Et on comprend aisément pourquoi Simenon avait du mal à écrire certains de ses romans…
Les auteurs
Jean-Louis Bocquet se passionne très jeune pour la BD. Tour à tour employé libraire, rédacteur de Métal Hurlant, attaché de presse et directeur de collection chez les Humanoïdes associés, il écrit ses premiers scénarios dans les années 80. Aujourd’hui, il partage son activité entre les biographies de femmes remarquables et elles sont nombreuses. C’est son cinquième album adapté de Georges Simenon.
Javi Rey démarre son activité professionnelle dans l’animation indépendante et comme story-boarder pour des agences de publicité. En 2013, Frank Giroud lui confie le dessin d’Adelante. Seul, il signe Intempérie, Un ennemi du peuple et On l’appelait Bebeto.
Christian CHARRAT
Barrio Negro – Collection Simenon, les romans durs de José-Louis Bocquet et Javi Rey – Éditions Dargaud – 96 pages – 22,95 € – dargaud.fr




