Trois expositions - Mac Lyon
de la peinture à la vidéo
Photo ci-dessus : Exposition « Regards sensibles » – Enrique Ramirez, El Diablo, 2011 – Série Un hombre que camina. Tirage Lambda sur papier Fujicolor Crystla Archive, 95X120 cm. Courtesy de l’artiste et Michel Rein, Paris/Bruxelles © Adagp, 2026
Un adepte du happening et de la répétition qui se met en scène
Photo ci-dessus : Jean-Claude Guillaumon, papier peint , 1975 – DR
Des images, fixes ou animées, déclinées à chaque étage, signées Jean-Claude Guillaumon ; Giulia Andreani ou extraites de la collection vidéo des Lemaître. Voici la nouvelle saison artistique proposée par le Musée d’art contemporain (Mac) de Lyon, à voir jusqu’au 12 juillet 2026.
Jean-Claude Guillaumon, « Encore lui ! »
« Avec leur limitation de vitesse à 80 km, ils m’ont fait rater le vernissage ». Il était précurseur, Jean-Claude Guillaumon, et pas seulement des selfies ! Sa rétrospective s’ouvre au 1er étage avec une série de réflexions empreintes d’ironie. Elle se poursuit avec une centaine de photos et de vidéos. La plupart provient de l’atelier de cet artiste autodidacte, né en 1943 à Lyon, disparu en 2022 (à Genas, dans la banlieue lyonnaise, où il vécut avec son épouse et ses enfants). Sa famille a fait une belle donation de 159 œuvres, à laquelle s’ajoute un fond d’archives », a précisé Isabelle Bertolotti, directrice du musée, d’où cette abondante présentation qui court sur soixante ans de créations.
« Encore lui ! » décline l’œuvre de cet adepte du happening et de la répétition qui n’hésite pas à se mettre en scène. En témoignent ces dizaines de « Chronoportraits » : ils font de son visage la mesure du temps qui passe. Soutenu par les critiques d’art lyonnais (et primé en 1975), celui qui se définit comme « un touche-à-tout et un bricoleur » a exposé dans des lieux émergents, créée et dirigé le Centre d’arts plastiques de Saint-Fons (de 1986 à 2008), ainsi que la Maison des expositions de Genas (de 1982 à 1992).
Passer pour un imbécile …
Comme le reconnaît Matthieu Lelièvre, responsable de la collection au Mac, « il est passé complètement inaperçu à l’échelle nationale, ce qui pose la question de la mécanique de la reconnaissance de la carrière d’un artiste ». Une question que « peuvent se poser aujourd’hui les étudiants de l’école des Beaux-Arts de Lyon : faut- il rester ou partir, pour aller où ? » En résumé, « on est frappé par la constance de Guillaumon à développer une pratique ». Un créateur, pionnier de son obstination, qui n’hésite pas à avertir dès l’entrée : « N’allez pas contredire un artiste, vous passerez pour un imbécile ».
La « Peinture froide » de Giulia Andreani
Il faut gagner le 3e niveau pour trouver de l’art figuratif avec le travail de Giulia Andreani. avec Avec une soixantaine d’œuvres, « Peinture froide » retrace plus d’une décennie de pratique de cette artiste diplômée des Beaux-Arts de Venise. Sa singularité est de n’utiliser qu’une seule couleur, le gris de Payne. Développé par cet aquarelliste anglais au 18e siècle, il accentue les jeux d’ombre et de lumière, ainsi que les effets de clair-obscur. Les œuvres de cette férue d’histoire explorent les dynamiques de pouvoir, les régimes totalitaires, les contre-pouvoirs incarnés par les femmes, les résistances et le rôle de l’artiste. « Il doit rester un agent perturbateur comme un microbe dans un organisme. Une peinture figurative est faussement plus accessible et potentiellement plus dangereuse » assure cette quadragénaire. Un conseil : regardez donc avec attention.
Regards sensibles en vidéos
Au 2e étage, le Mac met en scène une autre donation : la collection d’art vidéo d’Isabelle et Jean -Conrad Lemaître (la plus grande d’art privée en France). Le couple a suivi la même évolution que certains artistes passés de l’image fixe à l’image en mouvement. «Ces 170 œuvres ont été achetées par coups de cœur, il n’y a pas de thème, c’est réducteur » indique le collectionneur. Avec cet ajout qui porte son fonds à 350 œuvres, le Mac devient un des principaux acteurs de l’art vidéo.«Regards sensibles» offre l’occasion de s’immerger dans 28 univers. Tasja Langenbach, commissaire de l’exposition, basée entre Cologne et Berlin, a voulu mettre en avant une « approche émotionnelle : l‘envie et l’amour, la peur et la honte, la joie et la tristesse ». « La vidéo, c’est la vie » estiment les donateurs. Une vie qu’il faut avoir la patience de scruter : jusqu’à 55 minutes, par exemple, pour « Boytime » qui montre en plan fixe quatre garçons issus de la classe ouvrière, invités à rester figés. L’illusion d’immobilité se fissure … et fait place à des mimiques et gestes qui révèlent la singularité des garçons. Ultime précaution : prévoyez du temps.
Isabelle BRIONE
Musée d’art contemporain de Lyon – Jean-Claude Guillaumon, « Encore lui ! », vidéos de la collection Lemaître « Regards sensibles », Giulia Andreani, « Peinture froide ». Et aussi au macBar, Bar CodeX avec Wen New Atelier, Kalen Iwamoto et Julien Silvano, jusqu’au 12 juillet 2026 à la Cité internationale, 81 quai Charles de Gaulle, Lyon 6e. Du mercredi au dimanche de 11h à 18h. Tarifs : 9 € (réduit 6 €, gratuit -18 ans). Tél : 04 72 69 17 17. Site : www.mac-lyon.com/fr