Bring me the beauties-a model cult

Le mannequin qui fasçina la mode masculine

                                         Toutes les photos : © HBO

DE LA CHASTETÉ À LA DÉBAUCHE...

Dans l’univers de la mode, les superstars ont presque toujours été des femmes. Linda Evangelista, Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Carla Bruni ou Christy Turlington ont marqué leur époque au point de devenir des icônes bien au-delà des podiums. Karl Lagerfeld considérait même Christy Turlington comme « la plus belle de toutes ».

Les hommes, eux, connaissent rarement une telle postérité. Moins bien rémunérés que leurs homologues féminines – une exception dans le monde du travail –, ils voient souvent leur carrière s’éteindre aussi vite qu’elle a commencé. Peu d’entre eux traversent les décennies. Richard Hoyt appartient à cette poignée d’exceptions.

Pendant près de quinze ans, ce mannequin américain, né John Richards Hoyt, règne sur les podiums internationaux. Les plus grands photographes se l’arrachent, les maisons de couture en font l’un de leurs visages favoris et L’Uomo Vogue lui consacre un numéro spécial, entièrement dédié à son image. Une distinction sans équivalent dans l’histoire du magazine.Mais derrière cette réussite éclatante se cache une histoire bien plus sombre.

Les derniers grands mannequins hommes

À la fin des années 1970 et dans les années 1980, le mannequinat masculin est très différent de celui d’aujourd’hui. Les visages sont plus mûrs, les carrières plus longues et les personnalités plus affirmées. Trente ans n’est pas un âge avancé pour défiler.

Parmi les stars de l’époque figure l’espagnol Yoyo, incarnation du chic parisien, dont l’élégance rappelle celle d’Inès de La Fressange. Lui aussi participe au mythique clip Express Yourself de Madonna, aux côtés d’autres mannequins devenus les symboles d’une époque. Aujourd’hui, le système fonctionne autrement. Les scouts sillonnent les rues et les réseaux sociaux à la recherche de garçons parfois âgés de seize ans seulement. Quelques campagnes, une saison de défilés, puis déjà l’oubli. La mode consomme les visages avec une rapidité vertigineuse. Richard Hoyt, lui, semblait promis à un tout autre destin.

Une rencontre sur une plage

L’histoire commence à Nantucket, station balnéaire huppée de la côte Est des États-Unis. Richard n’a que seize ans lorsqu’il fait la connaissance de Frederick von Mierers. L’homme cultive une allure aristocratique, fréquente les cercles les plus riches de New York et raconte un passé brillant.  La réalité est beaucoup moins prestigieuse. Né à Brooklyn sous le nom de Fred Meyers, il a connu une carrière de mannequin sans éclat. Grâce au soutien financier d’une riche bienfaitrice, il s’invente alors une nouvelle identité, plus mondaine, plus mystérieuse, et bâtit patiemment un réseau d’influence auprès de la haute société new-yorkaise. Mais cette légende n’est que la première d’une longue série.

« Je viens de la planète Arcturus »

Von Mierers se présente bientôt comme le fondateur d’un mouvement spirituel baptisé Eternal Values. Selon lui, il ne serait pas humain. Il affirme être un extraterrestre venu de la planète Arcturus, envoyé sur Terre pour préparer une poignée d’élus au renversement des pôles annoncé pour 1999. Une apocalypse censée balayer l’humanité. À l’époque, ce type de prophéties trouve encore un certain écho. Paco Rabanne lui-même prédit alors des catastrophes planétaires qui alimentent les fantasmes de fin du monde.

Von Mierers comprend très vite le pouvoir de cette croyance. Il recrute principalement de jeunes gens séduisants, brillants ou fortunés, persuadé que la beauté constitue une forme de supériorité spirituelle.

Le prix de la beauté

Quelques années plus tard, Richard Hoyt sort diplômé de Princeton. Von Mierers lui présente Joe Hunter, de la prestigieuse agence Ford Models et tout s’enchaîne. Bruce Weber le photographie. Les grandes campagnes arrivent. Les contrats aussi. Le mannequin devient l’un des hommes les plus demandés de son époque. Parallèlement, il s’enfonce toujours davantage dans le système mis en place par son mentor. Il rejoint officiellement Eternal Values en 1978. Pendant plus d’une décennie, il remettra au gourou la quasi-totalité de ses revenus, soit plusieurs millions de dollars.

En échange, les adeptes dorment à même le sol dans son appartement new-yorkais. Ils renoncent à leurs biens personnels, à leurs relations familiales et à toute autonomie financière. Les pierres précieuses achetées par les membres pour leurs prétendues vertus énergétiques terminent systématiquement dans la collection privée du chef. L’abstinence sexuelle est imposée à tous. Du moins officiellement.

Le double visage du gourou

Dans l’intimité, les règles changent. Von Mierers, fasciné par son propre corps et adepte de la chirurgie esthétique, fait venir des prostitués masculins et multiplie les expériences sexuelles. Il finit même par autoriser les relations entre adeptes, à condition qu’elles aient lieu sous son contrôle. Ceux qui refusent sont humiliés, frappés, puis exclus. Comme dans de nombreuses dérives sectaires, la domination psychologique passe par la culpabilisation, l’isolement et la dépendance financière. Richard Hoyt coupe tout contact avec sa famille pendant douze ans.

La fin de l’emprise

En 1999, il parvient enfin à quitter le mouvement. Il reconstruit progressivement sa vie, devient acteur, fonde sa société de production, Tortoise, et accepte, des années plus tard, de raconter cette incroyable histoire. Un récit qui fascine le réalisateur Chris Smith. Son documentaire consacré à Richard Hoyt dépasse largement le simple portrait d’un mannequin. Il explore les mécanismes de l’emprise, la fascination exercée par le pouvoir et la manière dont la beauté peut parfois devenir un piège. Car, derrière les couvertures de magazines, les flashes des photographes et les podiums, se cachait un homme qui vivait, en silence, l’une des plus troublantes histoires du monde de la mode.

Christian CHARRAT

Bring me the beauties, a model cult – de Chris Smith – 3 épisodes – HBO – hbomax.com

© 2026 The Glam Attitude - Tous droits réservés