Cauchon, un album collector
Ou l'homme qui tua Jeanne d'arc
Une bande dessinée de toute beauté !
À l’heure où l’on déplore souvent le recul de la lecture chez les jeunes, concurrencée par les écrans, certains genres continuent pourtant de susciter un véritable engouement. Parmi eux, la bande dessinée occupe une place singulière : longtemps considérée comme un divertissement mineur, elle s’impose aujourd’hui comme une forme d’expression riche et s’affirme comme le « 9e art ». Elle offre en prime, la possibilité de s’instruire d’une façon ludique. Les éditions Dargaud l’ont bien compris et nous offrent ce précieux album Cauchon ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc. Tous les élèves connaissent certainement l’histoire de Jeanne d’Arc dite la pucelle qui, à 19 ans, bouta les Anglais hors de France et fit sacrer Charles VII roi de France. Trois personnes ont donner vie à cet album pour le plus grand plaisir de tous.
L’histoire
Le 20 décembre 1430, Jeanne d’Arc est remise aux Anglais par les hommes de Jean de Luxembourg qui l’avait capturée. La sorcière ou « la putain » comme l’appellent ses ennemis, va être jugée par l’Église, représentée par 70 éminents théologiens. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, est choisi pour mener ce procès monumental. Il veut démonter pierre par pierre la légende de la Pucelle et est persuadé que sous le feu des questions, Jeanne d’Arc tombera le masque et paraîtra sous son vrai jour : une hérétique affabulatrice. Mais l’évêque ne sait pas à qui il se frotte. L’assurance, la répartie et la combativité de la jeune femme vont le surprendre, puis le désarçonner au point de faire vaciller ses convictions. Les deux scénaristes Louis David Delahay et Xavier Dorison livrent un scénario impeccable en utilisant les zones d’ombre d’un événement déjà très documenté pour retenir notre attention. Après moult recherches sur la vie quotidienne de l’époque (le 14e siècle), on découvre que le procès fait écho à des problématiques actuelles. Éminemment politique, l’opposition est éliminée à l’image des procès Staliniens. C’est également une métaphore du pouvoir des idéalistes… Voilà entre autres, ce qui fait de cette bande dessinée une œuvre rare, précieuse et instructive.
Mais cette histoire ne serait pas si prenante sans les magnifiques portraits et cadrages (regards, visages) de Joël Parnotte. Il jongle très habilement avec la couleur qu’il maîtrise parfaitement. Tout dégage une force et une puissance qui emphase le récit. On se plaît à observer avec admiration chaque page, chaque détail, chaque émotion. Par ses dessins, on ressent l’indignation, la puissance, l’abattement mais aussi la peur et la colère car Jeanne sait qu’elle sera brûlée vive comme une hérétique. Jamais elle ne reniera sa foi qui est alimentée par les voix des saints En effet, en 1429, cette jeune fille d’origine paysanne affirme qu’elle a reçu de la part des saints Michel, Marguerite d’Antioche et Catherine d’Alexandrie, la mission de délivrer la France de l’occupation anglaise. Elle parvient à rencontrer Charles VII, à conduire victorieusement les troupes françaises contre les armées anglaises, à lever le siège d’Orléans et à conduire le roi au sacre, à Reims. D’où la haine des Anglais à son encontre…
Les auteurs
Louis-David Delahaye démarre sa carrière comme scénariste pour France TV après des études de cinéma. Il est responsable des documentaires pour TV5 Monde. Il revient ensuite à une activité de scénaristes, tout en créant en 2017, Bonum Productions, spécialisée dans la production de documentaires. En 2026, il se lance dans la BD et coscénarise Cauchon ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc.
Xavier Dorison, scénariste majeur du 9e art franco-belge, sa bibliographie est trop longue à détailler. Citons seulement W.E.S.T avec Fabien Nury et Christian Rossi, Long John Silver avec Mathieu Lauffray, Undertaker avec Ralph Meyer, 1629 avec Thimothée Montaigne…
Joël Parnotte sorti des Beaux-Arts de Versailles et d’Angoulême, section BD. Il publie Les Aquanautes série à succès avec Vincent Mallié, puis Le Sang des Porphyre avec Balac. Il commence une collaboration avec Xavier Dorison qui donnera Le maître d’armes, Aristophania, et Cauchon.
Cet album rafraîchit notre mémoire collective avec une empathie certaine envers les souffrances de celle qui sera béatifiée en 1909 puis canonisée en 1920. Sa fête nationale est fixée au deuxième dimanche de mai.
On ne peut refermer cette « bible » dessinée sans mentionner le traitement luxueux et le soin pris pour la couverture. Une bande dessinée rare qui deviendra nul doute un Collector. Une totale réussite !
Christian CHARRAT
Cauchon …ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc – de Xavier Dorison, Louis David Delahaye et Joël Parnotte – Éditions Dargaud – 176 pages – 35 € – dargaud.f





