Christian lacroix, dessinateur -Arles
Dessins, gribouillages et graffitis
La haute couture révèle son indéniable talent
Photo ci-dessus : Christian Lacroix, Femme au chien, 2007, dessin à la palette graphique © Monsieur Christian Lacroix 2026
Le musée Réattu doit sa relation privilégiée au dessin à deux artistes qui ont inscrit à jamais cet art au cœur de ses collections : Jacques Réattu et Pablo Picasso. Le premier, qui a offert à Arles son œuvre et ses collections pour fonder le musée, incarne l’excellence du dessin académique des XVIIIe et XIXe siècle. Le second, qui a exposé à trois reprises ses dessins au musée Réattu entre 1957 et 1971, est indissociable des avant-gardes artistiques du XXe siècle qui ont participé à faire du dessin une forme d’expression artistique parfaitement autonome.
Une exposition en plusieurs parties
L’exposition, que l’on pourrait comparer à un immense cadavre exquis poursuivi sans cesse depuis l’enfance de Christian Lacroix, offre une immersion au cœur du travail du dessinateur. Souvent annotée, dessinée recto-verso ou enrichie d’un collage, chaque feuille matérialise une pensée en perpétuel mouvement, une créativité sans limites et capture l’instant où l’idée prend forme. Le parcours privilégie l’approche thématique plutôt que chronologique. Il crée des échos entre différentes périodes de l’école primaire aux études d’histoire de l’art, des prémices de la mode à la consécration de la haute couture dans les années 1980, jusqu’aux projets les plus récents et met en regard des dessins au style souvent très identifiable, ou au contraire très étonnant. Plus grande exposition jamais organisée autour de son œuvre graphique, « Dessins, gribouillages et graffitis » plonge le visiteur dans le répertoire foisonnant et éclectique de la création de Christian Lacroix.
Aux sources de l’iconographie : Arles, la Provence, la Camargue
Né à Arles dans le quartier de Trinquetaille, sous les signes tutélaires du taureau et du lion, Christian Lacroix s’est construit une culture dans laquelle des « totems », au sens quasi sacré du terme, se sont érigés pour ne plus jamais disparaître : Arles, l’Arlésienne, le gardian, le taureau, le torero et le picador, etc.
Dessiner la mode
La haute couture a révélé au grand public la personnalité et le talent de Christian Lacroix. Ce fut dans d’abord le cadre des collections pour la maison Jean Patou qu’il se fait remarquer. La presse exulte devant ses créations. On aime, ses poufs, ses mélanges de matières, au même titre qu’Yves Saint Laurent, c’est un coloriste né.
Mais avant la création de sa maison en 1987, la mode constituait déjà une obsession pour le jeune arlésien, qui passait un temps infini à étudier et reproduire, à l’aide d’un stylo bille ou d’un feutre, les variations de styles vestimentaires à travers les siècles.
A ces premières « études » de jeunesse, précises comme des miniatures médiévales et patiemment compilées dans des carnets, succéderont les portraits de styles, de looks croisés dans la rue, puis les premiers modèles de mode dessinés à la gouache sur de beaux papiers pour démarcher les maisons de mode et, enfin, les dessins destinés à alimenter, saison après saison, ses propres défilés.
Dessiner le costume
La création de costumes de scène constitue aujourd’hui la principale activité professionnelle de Christian Lacroix. Son œuvre dans le milieu du théâtre, de l’opéra ou du ballet remonte à près de quarante ans et a été récompensée à trois reprises par un Molière. Cette passion intime se concrétisera finalement à la fin des années 1980, lorsqu’il participera à ses premiers spectacles en tant que créateur de costume.
Les métamorphoses du dessin – Illustration
Pour Christian Lacroix, le dessin est un mode d’expression à travers lequel il transcende le monde qui l’entoure pour le rendre plus séduisant et fantasque, ce qui explique son succès dans le domaine de l’illustration. Jeune, il commence à illustrer pour lui-même des romans ou des films, sans savoir que plus tard, sa vie professionnelle serait émaillée de demandes d’illustrations pour des grands classiques de la littérature, des articles de revues et de magazines. Ayant à cœur de se mettre au service de chaque projet, c’est ainsi plus globalement dans l’exercice de la commande que l’artiste s’épanouit et déploie les dessins les plus complexes et les plus aboutis, afin de trouver l’équilibre parfait entre l’illustration fidèle et sa vision personnelle du sujet.
Christian Lacroix collectionneur de photographies
Le musée explore la relation que ce créateur protéiforme, formé à l’histoire de l’art, commissaire d’expositions et invité d’honneur des Rencontres en 2008, entretient avec la photographie, en présentant une sélection d’œuvres qu’il a acquises depuis une trentaine d’années, à travers différents coups de cœur personnels ou projets professionnels. Cette collection couvre un spectre esthétique assez large, qui s’étend des scènes de la vie quotidienne de Véronique Ellena et Guillaume Janot, aux approches poétiques et décalées de la photographie de mode par Sarah Moon ou Grégoire Alexandre.
On l’aura compris cette exposition rend hommage à un créateur de génie touché par la grâce.
Christian Lacroix, dessins, gribouillages, graffitis – du 4 juillet au 4 octobre 2026 – Musée des beaux-arts Ancien Grand Prieuré de l’Ordre de Malte – 10 rue du Grand Prieuré 13200 Arles – Réservation : 33+ (0)4 90 49 37 58 – museereattu.arles.fr