Desseins & autres destins
Jacqueline salmon à la fondation renaud-lyon
Photo ci-dessus : Eves (herbier) avec Émile Didier © Jacqueline Salmon
Photo ci-dessus : Jacqueline Salmon © PRStudio
À Lyon, la Fondation Renaud a été créée (en 1994) par Serge et Jean-Jacques Renaud, deux frères passionnés d’art. Leur collection, dotée de plus de 8 000 objets et œuvres d’art, est abritée dans le Fort de Vaise, où sont organisés différents évènements culturels et notamment des expositions. Depuis l’an dernier, il accueille aussi des artistes en résidence. La plus récente permet à la photographe Jacqueline Salmon d’esquisser quelques « Desseins et autres destins » lors d’une exposition/restitution programmée jusqu’au 7 juin 2026.
Née à Lyon Croix Rousse, en 1943, cette figure de la photographie contemporaine travaille à Paris et à Charnay (sud du Beaujolais). Cette historienne de formation construit une œuvre photographique singulière et érudite, à la croisée de l’histoire de l’art, de la philosophie et de l’histoire, qui explore paysages, nature et cycle de la vie.
Des racines et des ciels
Exemple dès l’entrée avec la série « La racine des légumes » dont les clichés agencent soigneusement les radicelles, branches et feuilles des haricots, cardons et autres végétaux. Une initiative inspirée par la lecture d’un philosophe chinois du XVIIe siècle qui, sur cette thématique, évoquait non les légumes, mais l’adhésion à la nature et l’art de vivre en société. C’est aussi une façon de faire le lien avec la terre et le ciel que l’on retrouve dans la salle suivante.
Là, Jacqueline Salmon efface des cartes météorologiques les contours des côtes pour ne garder que la figuration des mouvements de l’air. Ce qui en résulte « d’étonnantes pages d’une écriture compréhensible pour les seuls météorologues » en convient Jean-Christian Fleury, son compagnon, auteur de la préface du catalogue.
En 1786, le peintre britannique Alexander Cozens détourait des paysages pour ne conserver que les ciels. La Lyonnaise, elle, détoure les nuages issus de peintres de la collection Renaud (Tony Garnier, Adrien Bas, Jacques Laplace, Philippe Pourchet) pour créer des diptyques avec ses propres photos.
Corps, feuillages et œillets
Salle suivante, retour à la botanique avec de grands herbiers poétiques intitulés « Èves », de séduisants bouquets de corps (de femmes nues prises dans les collections de peinture des grands musées d’Europe) et de feuilles (cueillies sur les chemins de Charnay).
Ils ont été inspirés par le tableau « Adam et Eve chassés du paradis » peint par Lucas Crancah en 1528 dans lequel les sexes sont masqués par des feuillages. Ils figurent en connivence avec les nus de Pierre Combet-Descombes, Henri Vieilly, Eugène Riboulet et Émile Didier détenus, eux aussi, dans le fonds Renaud. Ils voisinent avec « les Œillets », série d’esthétiques vanités contemporaines qui mêlent des portraits de la Renaissance à la fragilité de fleur symbolique de l’amour.
Ici encore, le travail de l’artiste se donne à lire sur le mode du montage, du collage et de la superposition. « On ne sait jamais s’il faut préférer l’expression, faire une photo ou prendre une photo.» Jacqueline Salmon dit « faire des images » résume le peintre Jérémy Liron dans le catalogue.
Une vraie plante
Le goût de l’invitée pour les sciences naturelles et la botanique s’illustre enfin, avec une plante bien réelle, un épiphyllum qui appartenait à la physicienne Marie Curie, et dont une feuille lui a été offerte, par l’intermédiaire d’amis, il y a une vingtaine d’années. Elle l’a fait prospérer, multipliant ses boutures dans des vases qui ponctuent ses tableaux au fil de l’exposition. Jacqueline Salmon se plaît à penser que l’irradiation que la plante a peut-être subie, a démultiplié ses capacités vitales, comme une promesse de survie ou d’éternité.
Un site magnifique méconnu
La visite permet aussi de découvrir ce fort construit aux lendemains de la Révolution de 1830 sur les hauteurs de Vaise. Son objectif était de contrôler l’entrée nord de Lyon. Il a été sauvé in extremis par les Frères Renaud en 1970. Ils ont conservé ses parties anciennes en mettant en valeur les casemates, les logements des sous-officiers et la terrasse qui offre un beau panorama sur la Saône. Ils ont aussi construit une aile moderne afin d’accueillir un espace d’exposition et des logements pour les artistes. Des visites commentées de ce lieu superbe et méconnu sont régulièrement organisées, on ne peut que les recommander (1).
Isabelle BRIONE
Desseins et autres destins – Jacqueline Salmon, photographe – jusqu’au 7 juin 2026 à la fondation Renaud, fort de Vaise, 27 boulevard Antoine de Saint-Exupéry – Lyon 9e. Ouvert du mercredi au vendredi (14 h /17h 30) et du samedi au dimanche (11h/ 17 h 30). Plein Tarif : 8 €. Nouveau : visites flash tous les jours d’ouverture à 14 heures. Ouverture pour la Nuit Européenne des Musées le samedi 23 mai à partir de 18 h (entrée libre). Catalogue illustré 96 pages, 25 euros.
(1)-Visites commentées du fort de Vaise les dimanche 17 mai et 7 juin à 16 h (13 euros avec l’exposition) – https://www.fondation-