EUPHORiA SAISON 1/2/3 - HBO
autopsie de la génération Z
Toutes les photos : © HBO Max
Au casting : Zendaya et Jacob Elordi
Il est difficile de ne pas penser au film de Roger Avary en 2002, Les lois de l’attraction d’après le roman de Bret Easton Ellis quand on regarde Euphoria sur la plateforme HBO. Car ils abordent tous deux, 24 ans après, la vie sur un campus américain ou tout tourne autour du sexe et de la drogue. Euphoria remporte un succès étonnant. Il s’agit en fait d’une adaptation libre de la mini-série israélienne du même titre créée par Ron Leshem. Co-produite par le rappeur Drake, elle est également inspirée de la jeunesse de son créateur, Sam Levinson.
Tout d’abord, le casting retient l’attention avec deux jeunes stars qui monopolisent l’attention des médias : la très fashionable Zendaya, ancien mannequin (Rue), le géant australien Jacob Elordi (Nate) qui était remarquable dans le rôle de Frankenstein du génial Guillermo Del Toro. On peut aussi citer l’actrice transgenre Hunter Schafer (Jules), Angus Cloud (Fezco) disparu à l’âge de 25 ans d’une overdose médicamenteuse et aussi la pulpeuse Sydney Sweeney (Cassie).
L’histoire
Après un séjour dans un centre de désintoxication, Rue Bennett fait son retour au lycée. Le jour de la rentrée, elle fait la rencontre de Jules, une jeune adolescente transgenre, avec qui elle commence à tisser des liens très forts.
Les deux jeunes femmes, ainsi que leurs camarades de classes et amis, évoluent dans un univers où la jeunesse n’a presque plus de tabou : les relations amoureuses se défont aussi vite qu’elles se font, les réseaux sociaux sont omniprésents, les névroses et secrets de chacun sont exposés aux yeux de tous. La drogue est facile d’accès et la sexualité est très « fluide » surtout après la prise de drogues ou sous l’emprise de l’alcool qui circulent librement dans toutes les soirées.
Des ados hypersexués
Le sexe est omniprésent, la nudité frontale masculine s’offre au regard parfois à grand renfort de prothèses. Les secrets sont nombreux : le père de Nate (Eric Dane excellent, décédé le 19 Février 2026 de la maladie de Charcot) homosexuel, marié et père de deux garçons, mène une double vie. Il reçoit dans un motel de jeunes garçons mineurs, se livre à des actes de domination sexuelle et les filme à leur insu. Parmi eux, Jules qui n’a pas fini sa transition. Nate, son jeune fils, découvre d’ailleurs des vidéos. Traumatisé, il devient un jeune homme pervers et inquiétant. Le sexe fait vendre, mais celui plus explicite d’Euphoria, s’accompagne de violence parfois difficile. La série est donc réservée à un public averti de plus de 16 ans. Le synopsis est un palimpseste de l’évolution de notre société qui peut inquiéter. On ne peut que constater que les adolescents n’ont plus vraiment de repères. Ce qui explique peut-être la fragilité de la santé mentale des jeunes aujourd’hui.
La série aborde aussi le problème de l’addiction à la drogue et ses reperçussions dans le quotidien d’une famille qui vire au cauchemar. Elle démontre avec force ce que les junkies en manque sont capables de faire pour s’en procurer. Ces jeunes gens voient la vie à travers un filtre illusoire qui ne dure guère et plus dure est la descente. C’est violent mais nécessaire car les images sont plus fortes qu’un slogan publicitaire.
Une réalisation en mouvement reflet d’un malaise
Le synopsis est très intelligemment construit, soutenu par une réalisation impeccable, percutante, maîtrisée à la perfection avec une très belle photographie. Les visions de Rue sous l’effet de la drogue, donnent lieu à des scènes où des ballets nous entraînent vers un ailleurs chaotique aussi esthétique qu’onirique. Il faut aussi souligner une bande son très réussie.
Le récit s’inscrit dans une époque marquée par le choc, née dans l’ombre du 11 septembre 2001. À travers elle, la série dresse le portrait d’une jeunesse américaine façonnée par des peurs collectives durables, entre menace terroriste et violences scolaires répétées. Elle explore aussi l’emprise des réseaux sociaux, devenus à la fois vitrines et terrains de violences, où l’exposition de soi peut se transformer en source de pression ou d’exploitation. Euphoria est devenue un phénomène, symbole de la génération Z.
Christian CHARRAT
Euphoria – de Sam Levinson -Saison 1/2/3 HBO – hbomax.com