EVA GONZALÈs AU PETIT PALAIS - PARIS

UNE ÉTOILE FILANTE

L'ÉLÈVE D'ÉDOUARD MANET

Photo ci-dessus : Edouard Manet, Portrait d’Eva Gonzalès,1870 – Huile sur toile, 19,1 x 133,4 cm – Sir Hugh Lane Bequest, 1917, the National Gallery, London In partnership with Hugh Lane Gallery, Dublin © The National Gallery London

Eva Gonzalès n’avait jamais fait l’objet d’une rétrospective d’envergure, ni en France ni à l’international. Le Petit Palais à Paris nous fait découvrir cette artiste à la sensibilité subtile, unique élève d’Édouard Manet.

Un réalisme émouvant

L’exposition, réunissant une centaine d’œuvres – peintures, pastels et gravures – démarre avec un portrait signé Manet. Celui d’Eva Gonzalès posant devant son chevalet, en robe blanche, pinceau à la main. Elle a 21 ans et débute sa carrière. Manet est déjà célèbre, il a 38 ans. Il sera son « maître à peindre », et certainement aussi son maître à penser… Plus tard émancipée de son mentor, Eva Gonzalès apportera un regard particulier au Paris des impressionnistes avec une vision bien plus singulière que l’image de « l’élève de Manet » pourrait le laisser croire. Car derrière les éventails, les robes et les intérieurs bourgeois, se fait jour une artiste libre, contemporaine, parfois même impertinente, qui regarde son époque sans concession. Elle peint les femmes, les fleurs, les intérieurs, les cafés, les scènes de la vie moderne. Elle s’intéresse aux vêtements, aux attitudes, à ces petits moments de la vie quotidienne que l’on regarde rarement comme des sujets de peinture. Sa palette est lumineuse, son trait affranchi, sa personnalité combative face à la critique et la misogynie de son époque.

Henri, Eva et la peinture

Il y a aussi Henri Guérard, son mari, peintre et graveur (un proche de Manet), qu’elle épouse en 1879. Ils évoluent dans le même milieu artistique, se peignent, se regardent travailler. On découvre d’ailleurs plusieurs œuvres de Guérard qui racontent cette proximité. C’est aussi cela, le charme d’Eva Gonzalès : donner l’impression de nous parler depuis le XIXè siècle en ayant déjà compris quelque chose de notre époque. La mode, les apparences, la vie privée exposée au regard des autres, les femmes observées mais rarement autorisées à être celles qui observent. Et pourtant…elle compose librement sa propre grammaire entre peinture classique, impressionnisme, photographie, arts décoratifs, mode et vie quotidienne.

Six jours après Manet

Au sommet de son talent, sa carrière s’arrête brutalement. Eva meurt en 1883 d’une embolie, quelques jours après avoir donné naissance à son fils. Elle laisse derrière elle un petit garçon orphelin. Guérard et la sœur d’Eva, Jeanne, prennent alors l’enfant avec eux. Ils finiront par se marier.

Hasard de destins qui se croisent jusqu’au bout : Édouard Manet meurt le 30 avril 1883, à 51 ans, des suites de la syphilis. Eva le suit six jours plus tard, le 6 mai. Elle a seulement 36 ans.

Sylvie di MEO

Eva Gonzalés – Parcours d’une artiste libre – Petit Palais Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris – À découvrir jusqu’au 24 Janvier 2027 – petitpalais.paris.fr

 Photo ci-dessus : Eva Gonzales, Nounou avec enfant, v. 1877-1878 -Huile sur toile, 65 × 81.4 cm – Courtesy of the National Gallery of Art, Washington

Photo ci-dessus : Eva Gonzalès, La Promenade à âne (Henri et Jeanne), v. 1880-1882 – Courtesy of Bristol Museums & Archives / Photo David Emeney

Photo ci-dessus : Eva Gonzalès, Enfants dans les dunes de sable, Grandcamp, v. 1877-1878 – Huile sur toile, 46 x 56 cm – Acquired in 1972 (Shaw Fund). Collection of the National Gallery of Ireland, Dublin – Photo : National Gallery of Ireland

 Photo ci-dessus : Eva Gonzalès, Le Réveil, 1877  – Huile sur toile, 81,1 x 100,1 cm – Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen, Foto : Lars Lohrisch, Public- Domain Mark 1.0