HENRI ROUSSEAU-MUSÉE DE L'ORANGERIE

L'ambition de la peinture du douanier Rousseau

Il invente le portrait paysage

Photo ci-dessus : Huile sur toile, 146 × 113 cm – National Gallery of Prague purchase from collection of Walther Halvorsen, 1923 – Photo © National Gallery Prague 2026

Jusqu’au 20 juillet 2026, une exposition révèle la trajectoire complexe d’Henri Rousseau (1844-1910) au musée de l’Orangerie de Paris. « L’ambition de la peinture » permet de déjouer nombre d’idées fausses sur celui qui était surnommé le Douanier.
Il n’était pas vraiment Douanier…
Né à Laval en 1844, venu à Paris en 1868, il n’était pas douanier, mais employé municipal chargé de prélever un impôt sur les marchandises entrant dans la capitale. Son rêve était d’être peintre, une voie impossible, au départ, vu le manque de fortune de ses parents. Il est d’abord autodidacte et fréquente le Louvre sur son temps libre. Grâce à une retraite anticipée en 1893, il peut se consacrer entièrement à la peinture.
Il n’a jamais eu la reconnaissance institutionnelle
Il invente le portrait paysage, inspiré par les portraits italiens et flamands qu’il a vus au Louvre : les figures se découpent sur un fond paysager à valeur symbolique, où les détails donnent des indices sur l’identité du personnage représenté. Pour séduire une clientèle issue de la classe moyenne, il décline ses sujets en de multiples variations. Ces images populaires lui permettent de survivre financièrement. Mais, il n’a jamais eu la reconnaissance institutionnelle. Ses projets soumis aux concours des commandes publiques sont toujours rejetés…
Il n’est jamais allé dans la jungle
Heureusement, il peut exposer au salon des indépendants fondé en 1884. Il lui donne l’occasion de soumettre sa peinture aux regards du public et de la critique. Il développe alors son style autour de jungles imaginaires, démesurées et fantaisistes, avec une végétation plus ou moins dense dans laquelle se croisent des silhouettes esseulées. Alors que ses contemporains le croient imprégnés de souvenirs de voyages au Mexique, il reconnaît n’avoir jamais quitté la France.
Il a été reconnu après sa mort
A son décès en 1910, Henri Rousseau est inhumé dans une fosse commune. Avant que ses amis se cotisent pour une concession à Laval en 1912. En 1911, Wilhelm Uhde publie la première monographie consacrée à l’artiste. Et une exposition hommage est organisée par Robert Delaunay au salon des indépendants. Le marchand d’art parisien Paul Guillaume est à l’origine de la collection du musée de l’Orangerie et le collectionneur américain Albert Barnes figure parmi ses plus importants soutiens…post mortem.
Trois chefs-d’œuvre
Trois peintures singulières clôturent cette rétrospective parisienne. « Mauvaise surprise », acquise par le Dr Barnes en 1924 est aujourd’hui un des fleurons de sa fondation. « La charmeuse de serpents » commandée par la mère de Robert Delaunay. Et surtout, la « Bohémienne endormie », d’abord refusée par Laval, la ville natale de Rousseau, se trouve au Museum of Modern art de New York, après avoir déchaîné les enchères à Drouot en 1926.
Isabelle BRIONE
Henri Rousseau, l’ambition de la peinture –  jusqu’au 20 juillet au musée de l’Orangerie, jardin des Tuileries, Paris 1er – Fermé le mardi – Entrée : 11 euros sur place, 12,50 euros en ligne, mais il est plus prudent de réserver. Infos: musee-orangerie.fr

 Photo ci-dessus : Henri Rousseau (1844-1910) La Noce, 1905 – Huile sur toile, 163 x 114 cm -Paris, musée de l’Orangerie, achat, 1959 Photo © RMN-Grand Palais (Musée de l’Orangerie) / Hervé Lewandowski

Photo ci-dessus -Henri Rousseau (1844-1910) – Le passé et le présent, ou Pensée philosophique, 1899 – Huile sur toile, 85,2 x 46,8 cm – Philadelphie, The Barnes Foundation – Photo © 2026 The Barnes Foundation

 Photo ci-dessus : Henri Rousseau (1844-1910)- Combat de tigre et de buffle, 1908 – Huile sur toile, 183 x 203 cm -Cleveland, The Cleveland Museum of Art, don d’Hanna Fund – Photo © The Cleveland Museum of Art – Howard Agriesti

 Photo ci-dessus : Henri Rousseau (1844-1910) – Joyeux farceurs, 1906 – Huile sur toile, 145,7 × 113,3 cm – Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg collection, 1950 – Photo © Philadelphia Museum of Art