Icônes - Opéra de Lyon

De Lucinda Childs & Alessandro Sciarroni

UN FILM DE SOL LEWITT

Photo ci-dessus : Lucinda Childs-DANCE © Agathe Poupeney

La pièce majeure de Lucinda Childs, Dance, aujourd’hui au répertoire du Ballet de l’Opéra de Lyon, semble plus que jamais faire le trait d’union entre la création chorégraphique des XXe et XXIe siècles. Présentée en regard, la nouvelle pièce d’Alessandro Sciarroni pour la compagnie entretient un dialogue à distance avec la danse post-moderne de Lucinda Childs. Il est question chez l’un comme chez l’autre de virtuosité et de poésie, d’inventivité et de tradition. De danse en résumé.

DANCE de Lucinda Childs

Chorégraphie emblématique de l’Américaine Lucinda Childs, Dance est créée en 1979. À cette époque, New York est le lieu de toutes les audaces artistiques. « Il existait une sorte de downtown community », se souvient Lucinda Childs « J’étais moi-même en contact avec beaucoup d’autres artistes comme Yvonne Rainer ou Robert Rauschenberg. On expérimentait ensemble. Tout le monde connaissait tout le monde. On était là les uns pour les autres, pas comme aujourd’hui où l’on se sent bien davantage dans la rivalité ou la compétition ». Dans ces années 70, Lucinda vient de collaborer avec Bob Wilson et Philip Glass sur Einstein on the Beach, opéra-fleuve qu’elle interprète. Elle retrouve le compositeur Philip Glass pour Dance quelque temps plus tard. L’intelligence de leur collaboration est une évidence. D’un côté une gestuelle épurée, de l’autre une partition répétitive.

Ce ballet doit également beaucoup au plasticien Sol LeWitt qui imagina le film projeté en semi-continu durant les 50 minutes de ce ballet blanc. Sol LeWitt propose non pas une scénographie, mais des images. « Il faut qu’on ne voie que les danseurs », déclara-t-il alors. Ces derniers sont là, grandeur plus que nature, en plan incliné ou divisé en trois cadres épuisant tout l’espace de l’écran. Et sur la scène ! Pour la recréation de cette pièce en 2016, les danseurs et danseuses lyonnais sont passés devant la caméra sous la conduite de Lucinda Childs. Courses latérales, sauts répétés, duos ou quatuor avec ces bras tendus comme pour trouver le juste équilibre, la gestuelle est ici un courant continu d’intensité. Lucinda Childs ordonne Dance en trois tableaux à découvrir à partir du 5 septembre prochain.

HØPE d’Alessandro Sciarroni

Alessandro Sciarroni est apparu dans le paysage chorégraphique européen au début des années 2000, fort d’un parcours singulier entre histoire de l’art et pratique théâtrale. La danse, pourtant, lui paraît plus ouverte aux expérimentations du corps. Ce terrain de jeu, il va en faire son domaine de prédilection. En 2012, Folks sera un coup d’éclat, une étude des danses bavaroises traditionnelles débarrassée de tout folklore – repris dans une nouvelle version à l’Opéra de Lyon en 2022, sous le titre The Collection. Des années plus tard, Alessandro Sciarroni ressuscitera la Polka Chinata venue de Bologne avec la même attention à la gestuelle sans pour autant l’enfermer dans une époque. Le chorégraphe italien est coutumier du pas de côté, qu’il travaille avec des enfants, des malvoyants, des sportifs ou un chœur de chanteurs. À la lisière de la danse et de la performance, son art tient le spectateur et la spectatrice en haleine, offrant aux yeux de tous et toutes un temps suspendu. Avec Turning, il s’agissait de prolonger le mouvement continu, ici la giration. Comment tourner sur soi-même sans s’enfermer ? Le créateur le déclinera en une série de versions dont une, superbe, pour le Ballet de l’Opéra de Lyon en 2016 : Turning motion sickness. Ce parcours émotionnel est une transe contemporaine.

En cette saison 2026/2027, Alessandro Sciarroni revient à Lyon pour une création maison. De création en création, Alessandro affirme sa fascination pour le potentiel d’un groupe, que ce soit de jeunes chanteurs, une équipe de nage ou un ballet. Un « être ensemble » qu’il magnifie à sa manière, conceptuelle et charnelle tout à la fois. Il s’agit pour lui de prendre des risques, mais surtout de trouver le groupe idoine pour mener à bien ses projets. Il semble qu’avec le Ballet de l’Opéra de Lyon, l’entente soit fructueuse. La seule chose garantie à chaque rendez-vous.

Photo d’ouverture : HØPE d’Alessandro Sciarroni © Agathe Poupeney

Icônes avec Lucinda Childs et Alessandro SciarroniDu 5 au 10 septembre 2026 – Opéra de Lyon – Place de la Comédie 69001 Lyon – Billeterie : Tel +33(0)4 69 85 54 54 du mardi au samedi (et lundis de représentation de 12 h à 18 h – opera-lyon.com

Photo ci-dessus : Lucinda Childs-DANCE © Agathe Poupeney

Photo ci-dessus : Lucinda Childs-Dance © Agathe Poupeney

Photo ci-dessus : Lucinda Childs-DANCE © Agathe Poupeney

Photo ci-dessus : Lucinda Childs-DANCE © Agathe Poupeney