Industry - HBO
"50 shades of money"
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GÉNERER LE MAXIMUM DE PROFITS
Si vous avez aimé Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese, porté par l’interprétation magistrale de Leonardo DiCaprio, la série Industry pourrait bien vous séduire. En trois saisons, cette production plonge le spectateur au cœur d’un univers où l’argent, l’ambition et le pouvoir façonnent les comportements, jusqu’à effacer parfois toute limite morale.
L’histoire : une génération prête à tout pour réussir
La série suit un groupe de jeunes diplômés qui intègre Pierpoint, une prestigieuse banque d’investissement londonienne. Dès leurs premiers pas dans l’entreprise, ils découvrent une culture professionnelle fondée sur la compétition permanente, la recherche de performance et la pression du résultat. Dans cet environnement ultra-concurrentiel, les ambitions personnelles se heurtent aux jeux de pouvoir, aux addictions et aux excès d’une élite financière qui évolue dans un monde parallèle.
L’effervescence d’une salle des marchés
Pour ceux qui n’ont jamais pénétré l’univers des grandes banques d’affaires ou des sociétés d’investissement internationales comme Goldman Sachs, JPMorgan Chase ou Morgan Stanley, Industry offre une immersion saisissante dans le quotidien des traders. La série rappelle inévitablement le traumatisme provoqué par la faillite de Lehman Brothers en 2008. Les images des employés quittant leurs bureaux avec leurs cartons sous le bras restent gravées dans la mémoire collective : elles symbolisaient l’effondrement brutal d’un modèle financier et la violence des licenciements massifs.
Il faut cependant regarder Industry au-delà de la simple chronique du monde bancaire. La série possède une véritable dimension sociologique et bénéficie d’une écriture solide sur l’ensemble de ses trois saisons. Alors que nombreuses productions peinent à maintenir leur qualité après un premier succès, Industry conserve son intensité grâce à des dialogues percutants et un casting particulièrement convaincant.
Une plongée au cœur de « The Desk »
L’essentiel de l’action se déroule dans la salle des marchés, surnommée « The Desk ». Cet espace ouvert, où travaillent plusieurs dizaines de collaborateurs, devient le théâtre d’une lutte permanente pour la reconnaissance et la réussite. Les employés y abandonnent leurs états d’âme une fois la porte franchie. Les yeux rivés sur leurs écrans, constamment reliés au téléphone grâce à leurs micros, ils suivent des flux de données qui défilent sans interruption. Les chiffres, les cours et les transactions rythment chaque seconde de leur existence. La série montre également l’impact de cet univers sur leur vie privée. Ces moments extérieurs à la banque permettent d’apporter une respiration bienvenue face à un vocabulaire financier parfois complexe et à une atmosphère professionnelle oppressante.
L’argent, moteur absolu de l’ambition
Dans cette société très hiérarchisée, le statut se mesure aussi à la place occupée dans l’immeuble : plus les bureaux sont situés haut dans la tour, plus le pouvoir semble important. Cette organisation illustre parfaitement une forme de « foire aux vanités » où chacun cherche à gravir les échelons, quitte à sacrifier ses convictions ou ses relations. La finance internationale impose également un rythme particulier. Les marchés de Tokyo, Londres, Paris ou New York ne fonctionnant pas aux mêmes horaires, les journées commencent souvent avant l’aube. Tout est conçu pour maximiser l’efficacité : des services internes organisés jusqu’aux chemises fraîchement sorties du pressing qui attendent les employés ayant passé la nuit au bureau. Après le café du matin et l’ouverture des marchés, la compétition reprend immédiatement.
Prouver sa valeur dans un monde sans pitié
Avant de prétendre aux bonus considérables qui récompensent les meilleurs éléments, il faut démontrer sa valeur. Dans Industry, la réussite repose sur une règle simple : générer toujours plus de profits. Les clients fortunés, véritables décideurs de l’ombre, utilisent les traders comme des intermédiaires indispensables pour naviguer dans un univers financier instable. La séduction commerciale devient alors une arme essentielle, même si certaines frontières éthiques peuvent rapidement être franchies.
La série montre également la difficulté pour les femmes de s’imposer dans cet environnement longtemps dominé par les hommes. Le machisme, les comportements sexistes et les rapports de domination restent omniprésents. Les nouvelles recrues féminines doivent souvent lutter contre les préjugés, les humiliations et parfois le harcèlement. Les jeunes hommes, de leur côté, cherchent constamment à prouver qu’ils appartiennent à cette caste des « gagnants ». Voitures de luxe, démonstrations de réussite et confiance excessive deviennent autant de symboles d’une masculinité construite autour de la performance. Manipuler des milliards sur des écrans finit par modifier le rapport au réel. Perdre plusieurs millions de dollars en quelques heures peut devenir un simple épisode professionnel, aussitôt effacé par un nouveau gain le lendemain.
Excès, addictions et perte de repères
Cette déconnexion avec la réalité nourrit les excès. L’alcool occupe une place importante dans les soirées des traders, servant parfois à masquer les fragilités derrière une apparente assurance.La consommation de cocaïne est également largement représentée dans la série, notamment lors des nuits où les frontières entre travail, fête et autodestruction deviennent floues.
Le sexe comme instrument de pouvoir
L’univers d’Industry est également marqué par une sexualité omniprésente. La série explore sans détour les rapports de domination, les comportements excessifs et les relations où le pouvoir professionnel se mêle souvent à l’intime. Cette représentation s’inscrit dans une tendance actuelle des productions télévisées qui utilisent davantage la nudité et la sexualité comme éléments narratifs. Une évolution notable concerne notamment la représentation du corps masculin, longtemps moins exposé à l’écran que celui des actrices. Cependant, l’accumulation de scènes sexuelles finit parfois par affaiblir leur impact. Certaines séquences semblent davantage chercher la provocation que servir véritablement le récit, au risque de rapprocher la série d’un imaginaire à la Cinquante nuances de Grey, comparaison qui n’est pas forcément flatteuse.
Une série brillante sur les dérives du pouvoir
Avec une réalisation maîtrisée, une écriture ambitieuse et des personnages complexes, Industry réussit à dresser le portrait d’une génération obsédée par la réussite et confrontée à ses propres contradictions. Derrière les costumes impeccables, les bureaux luxueux et les milliards échangés chaque jour, la série pose finalement une question universelle : l’argent apporte-t-il réellement le bonheur ?
Christian CHARRAT
Industry – Créée par Konrad Kay et Mickey Down – Avec Myha’la Herrold, Marisa Abela, Kit Harington 3 saisons – HBO – hbomax.com