JANE FONDA IN FIVE ACTS - HBO
Confessions d'une femme puissante
Photo © HBO
UNE FEMME ENFIN APAISÉE ET UNE ACTRICE MAGNIFIQUE
Dans le cadre de sa série consacrée aux grandes figures féminines d’Hollywood, HBO propose un documentaire remarquable sur Jane Fonda. Signé Susan Lacy, ce film retrace le parcours intime et politique d’une icône en cinq chapitres décisifs.
Fille de l’acteur Henry Fonda et sœur de Peter Fonda, Jane Fonda s’inscrit au cœur d’une dynastie de cinéma. Pourtant, son chemin vers l’émancipation est jalonné de fêlures et de drames personnels.
Le documentaire de Susan Lacy s’articule autour de cinq grands axes, témoins de sa construction : Henry (son père), Roger Vadim, Tom Hayden, Ted Turner et, enfin, Jane Fonda par elle-même.
Une jeunesse marquée par le drame et la distance
L’actrice y évoque en premier lieu sa relation complexe avec Henry Fonda, figure mythique de l’Amérique, mais père distant et peu démonstratif. Son enfance est brutalement frappée par le tragique : sa mère, la mondaine Frances Ford Seymour, se donne la mort dans un hôpital psychiatrique en se tranchant la gorge avec un rasoir alors que Jane n’a que douze ans. Plus tard, en consultant le dossier médical de sa mère, l’actrice découvre que cette dernière avait subi des violences durant son enfance et qu’elle souffrait de troubles bipolaires.
En 1950, Henry Fonda se remarie avec Susan Blanchard, une jeune femme à peine plus âgée que sa fille. Ce mariage se solde par un divorce six ans plus tard. Jugée trop grosse par son père, elle souffre pendant près d’un quart de siècle de boulimie et d’anorexie, un calvaire alimenté par la prise continue de laxatifs, de coupe-faim et d’amphétamines. Jane Fonda poursuit sa scolarité à la Greenwich Academy avant d’entamer une carrière de mannequin. Elle fera notamment deux fois la couverture du magazine Vogue.
Lee Strasberg, la rencontre qui change tout
Attirée par l’art et la comédie, elle décide ensuite de s’installer à Paris pour y étudier, jetant ainsi les bases d’une carrière et d’une liberté qu’elle ne cessera de revendiquer. À son retour aux États-Unis en 1958, elle croise la route de Lee Strasberg, le fondateur mythique de l’Actors Studio. D’abord méfiant face à cette fille de star, Strasberg décèle rapidement son potentiel et choisit de la soutenir – un encouragement qui lui avait toujours fait défaut auprès de son père. Sa carrière décolle véritablement au cours des années 1960, lui valant plusieurs nominations aux Golden Globes dans la catégorie meilleure actrice.
Francophone accomplie, elle tourne en France en 1963 dans Les Félins, aux côtés d’Alain Delon. Quatre ans plus tard, en 1967, elle épouse le réalisateur Roger Vadim – ex-mari de Brigitte Bardot et Catherine Deneuve – avec qui elle a une fille, Vanessa. C’est sous sa direction qu’elle incarne le rôle-titre de Barbarella, film de science-fiction kitsch adapté de la bande dessinée de Jean-Claude Forest, devenu depuis absolument culte. Le tournage ne s’avère pas de tout repos : mal à l’aise avec la nudité exigée pour une scène, l’actrice confie avoir consommé de la vodka au-delà de toute raison pour surmonter son appréhension. Une chauve-souris ayant traversé le champ de la caméra, la prise doit être réintroduite le lendemain ; une épreuve qu’elle doit à nouveau affronter au stakhanovisme de la vodka, cette fois flanquée d’une redoutable gueule de bois.
La militante engagée auprès de grandes causes
Sa trajectoire bascule lorsqu’elle rencontre le militant politique Tom Hayden, avec qui elle aura un fils, Troy. Engagée, elle s’impose comme l’une des figures majeures de la contestation politique américaine des années 1960. Elle apporte un soutien actif au mouvement des droits civiques, prend ouvertement la défense du leader des Black Panthers, Huey P. Newton, et alerte l’opinion publique sur le sort réservé aux Amérindiens aux États-Unis, à l’instar de Marlon Brando. Féministe assumée, elle mène également un combat de longue date pour la défense des droits des femmes.
Le Vietnam son principal combat
Durant la guerre du Viêt Nam, ses prises de position virulente contre l’administration américaine et son déplacement controversé sur place en 1972 alimentent une vive polémique. Au cours de ce voyage, elle rend visite à des prisonniers de guerre ainsi qu’à des habitants de villages isolés, affirmant publiquement que le président Richard Nixon aurait ordonné le bombardement du système de digues du Nord communiste – une frappe qui aurait causé la mort de milliers de personnes et provoqué une famine dramatique. Bien des années plus tard, l’actrice reconnaîtra toutefois regretter certaines de ses déclarations de l’époque.
Le 3 novembre 1970, juste après le tournage de Klute, elle est arrêtée à l’aéroport de Cleveland pour trafic de drogues. Après analyse de la police, on constate qu’il s’agit en fait de pilules vitaminées et de divers médicaments Une célèbre photographie d’identité judiciaire est prise la montrant le poing levé (comme les noirs des Black Panthers) à la prison du Comté de Cuyahoga où elle passe une nuit. Elle découvrira plus tard que cette arrestation a été précipitée par le FBI qui la soupçonne d’activités subversives, la surveille et a constitué sur elle un dossier de 20 000 pages sous le nom de code Gamma Series.
Jane Fonda et l’aérobic
Au début des années 1980 s’ouvre l’ère de l’aérobic. Elle publie une série de 23 vidéos d’exercices physiques qui rencontrent un succès phénoménal, s’écoulant à plus de 17 millions d’exemplaires. Ce que le grand public ignore alors, c’est que l’intégralité des bénéfices est versée à son organisation militante. Elle-même mène une vie d’une grande simplicité, résidant dans une maison sans confort et effectuant ses tâches quotidiennes elle-même.
Un troisième mari milliardaire
Sa vie personnelle continue d’être mouvementée. En 1991, après deux ans de relation, Jane Fonda épouse en troisièmes noces le magnat des médias américain Ted Turner. Elle le quitte un mois seulement après le mariage en découvrant son infidélité, avant d’accepter de lui accorder une seconde chance. Le couple divorce finalement en 2001, tout en conservant une tendre amitié. Aujourd’hui apaisée et épanouie face au temps qui passe, elle assume ouvertement avoir eu recours à la chirurgie esthétique et se dit ravie de prêter son image à la marque L’Oréal. Toujours active sur les écrans, elle poursuit sa carrière dans des séries télévisées et s’investit pleinement dans son rôle de productrice. L’actrice, couronnée par de nombreuses distinctions au fil de sa carrière – dont deux Oscars de la meilleure actrice pour Klute et Retour (Coming Home), aura également réussi, à travers le film La Maison du lac, à sceller une réconciliation ultime avec son père.
Christian CHARRAT
Jane Fonda in five acts – de Susan Lacy avec Robert Redford et Lily Tomlin – 2h13 ‘ – HBO – hbomax.com