Joseph Walsh - hôtel de sully- Paris
Quand le bois devient sculpture
POUR LUI, LA MATIÈRE EST PORTEUSE D'UNE HISTOIRE
Photo ci-dessus : Jsoseph Walsh © Norman Wilcox – Geissen
Chaque année, à l’occasion de la Paris Design Week, le Centre des monuments nationaux invite un créateur à investir l’Hôtel de Sully. En 2026, c’est au designer irlandais Joseph Walsh que revient ce privilège. Il y dévoile un ensemble d’œuvres nouvelles, conçues spécialement pour ce lieu historique. Une installation majeure en Europe pour le créateur, après celle présentée à Osaka en 2025.
Une œuvre qui semble avoir toujours été là
Il est des lieux qui s’imposent d’abord par leur beauté. L’Hôtel de Sully est de ceux-là. Construit en 1625, puis racheté en 1634 par Maximilien de Béthune, duc de Sully, dont il conserve encore aujourd’hui le nom, l’hôtel particulier constitue l’un des écrins les plus remarquables du Marais.
Son orangerie, ouverte sur les jardins, accueille régulièrement des événements liés à la mode, à l’art et au design. En septembre, à l’occasion de la Paris Design Week, elle est devenue le territoire de Joseph Walsh.
Le designer y a installé plusieurs pièces, dont un anneau monumental extrait de la série Magnus, présenté sous le titre Fado. Dès le premier regard, l’œuvre impressionne. Et pourtant, ce qui frappe davantage encore, c’est son étonnante capacité à se fondre dans le lieu.
La partie inférieure, en bronze coulé, conserve l’empreinte de la main de l’artiste. La partie supérieure, en chêne haute performance, est façonnée selon un procédé de déconstruction du bois en forme libre développé par le Studio Walsh. Une technique qui permet à la structure de conjuguer force et légèreté. Une finition en feuille d’or vient révéler le grain du bois et souligner l’empreinte du geste.
Face à cet anneau monumental, les visiteurs ont presque le sentiment qu’il a toujours été là. Malgré ses dimensions, l’œuvre paraît parfaitement à sa place, comme si elle avait été pensée pour cet espace depuis son origine. On en vient même à souhaiter qu’elle y demeure.
Quand le bois devient mémoire
Une fois les portes de l’orangerie franchies, une autre dimension du travail de Joseph Walsh apparaît : son rapport au bois.
Le designer ne considère pas la matière comme un simple matériau à façonner, mais comme une matière vivante, porteuse d’une histoire. Cette philosophie se retrouve notamment dans The Tree Legacy Project, initiative permanente du Studio. Le projet transforme des arbres rares et centenaires en œuvres d’art dont l’histoire demeure inscrite dans la forme même de la pièce.
Chez Walsh, la prouesse technique n’est jamais une fin en soi. Elle est au service d’une forme, d’une émotion, d’une présence. C’est sans doute ce qui rend ses pièces si singulières : derrière la sophistication des procédés, elles conservent quelque chose de profondément organique.
Des matériaux comme terrain d’expérimentation
Installé à Fartha, sur la côte sud de l’Irlande, le Joseph Walsh Studio travaille avec une gamme de matériaux en constante expansion : bois, marbre, bronze, or.
Le Studio a notamment développé son propre procédé de lamellation du bois en forme libre, utilisé pour la partie supérieure de Magnus. Cette technique permet de créer des volumes complexes tout en conservant un équilibre entre résistance et légèreté.
Chez Joseph Walsh, la forme ne semble jamais totalement décidée à l’avance. Son processus créatif cherche à conserver la fluidité et l’immédiateté d’un croquis. La conception commence en trois dimensions, puis le dessin se précise au fil de la réalisation, jusqu’aux derniers gestes techniques.
Chaque essence de bois est étudiée en fonction de ses propriétés et de son degré de résistance. La matière impose ainsi ses propres règles – que le designer cherche ensuite à repousser.
Fartha, une véritable fabrique à idées
Au fil des années, le studio de Joseph Walsh à Fartha s’est transformé en un véritable laboratoire de recherche et de développement. On y expérimente de nouvelles technologies liées aux matériaux, mais aussi de nouvelles possibilités sculpturales.
Le lieu rassemble aujourd’hui un studio de design, un atelier, une galerie et des archives. Il est également devenu une destination à part entière grâce à Making In, un rassemblement annuel qui réunit des créateurs de différentes disciplines autour d’une même idée : considérer la fabrication comme une manière de penser.
À Fartha, art, artisanat, design et innovation technique se rencontrent ainsi dans des pièces à la fois sculpturales, expressives et profondément liées à leur matière.
Joseph Walsh, l’art de repousser les limites
Né en 1979 dans le comté de Cork, dans le sud de l’Irlande, Joseph Walsh a aujourd’hui 47 ans. Il fonde son propre studio et atelier en 1999, à seulement 20 ans, autour d’une ferme du XVIIIe siècle à Fartha, où il est toujours installé.
Sans formation académique, il construit son savoir-faire au contact de maîtres artisans rencontrés à travers l’Europe. Il développe ainsi une connaissance intime du bois et de ses possibilités, tout en s’intéressant à des techniques venues d’autres métiers.
Dès ses débuts, Joseph Walsh cherche à faire dialoguer innovation et savoir-faire traditionnel. Cette approche lui vaut rapidement ses premières commandes importantes, notamment de la part de clients ecclésiastiques, de l’ambassade du Japon et du National Museum of Ireland.
Au fil des années, cette recherche donne naissance à une pratique qui s’affranchit des règles traditionnelles du métier – et parfois de ses propres règles. Le bois devient alors le point de départ de formes audacieuses, organiques et expressives, auxquelles viennent progressivement s’ajouter le marbre, le bronze et l’or.
Son travail lui a valu un doctorat honorifique de l’University College Cork, une commande majeure pour la National Gallery of Ireland, Magnus Modus, ainsi que l’entrée de ses œuvres dans plusieurs collections internationales de premier plan, dont, plus récemment, celles du Metropolitan Museum of Art à New York.
À l’Hôtel de Sully, Joseph Walsh poursuit finalement ce qui constitue le fil rouge de son œuvre : repousser les limites de la matière sans jamais lui faire perdre sa mémoire. Entre sculpture, design et architecture, ses pièces semblent moins posées dans l’espace qu’elles n’en émergent.
Et c’est peut-être là que réside leur force : dans cette capacité rare à donner l’impression que l’œuvre n’a pas été installée dans un lieu, mais qu’elle y a toujours appartenu.
Joseph Walsh – Paris Design Week – 13 au 18 janvier 2026 – josephwalshstudio.com