Ketsudan, un choix cornélien

Le Cid revisité avec talent

Une bande dessinée de toute beauté !

Pourquoi la bande dessinée nous attire -t-elle ? Tout d’abord par sa couverture colorée qui nous fait de l’œil dans un coin d’une librairie. Ensuite, quand on feuillette un album, ce sont les dessins, la mise en page, les couleurs et les cadrages. Et bien sûr, on termine par la lecture du scénario qui va déclencher l’achat ou pas.

Les dessinateurs venus de tous horizons, ont tant de talent qu’ils nous font aimer un dessin aux traits simples, hyperréalistes ou plus sophistiqués. Dans Ketsudan, c’est la seconde option qui a été choisie. Les dessins et la couverture sont magnifiques, le tout souligné par une gamme de couleur très attractive.

La surprise vient du fait que les auteurs se sont inspirés de la pièce de théâtre écrite par Pierre Corneille en 1637, Le Cid. On connait les célèbres répliques immortelles de cette œuvre : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » ou encore « Mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». L’œuvre est jouée sur bien des scènes et fut même portée à l’écran en 1961 avec dans les rôles principaux, Sophia Loren et Charlton Heston. Le récit de Corneille met en scène Don Diègue et Don Gomès (comte de Gormas) qui projettent d’unir leurs enfants Rodrigue et Chimène, qui s’aiment. Mais le comte, jaloux de se voir préférer le vieux Don Diègue pour le poste de précepteur du prince, offense ce dernier en lui donnant un «soufflet» (une gifle dans le langage de l’époque.) Don Diègue, trop vieux pour se venger lui-même, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène en duel…

Une transposition inattendue qui fonctionne

Les deux auteurs s’emparent du sujet mais au lieu de la Castille, ils situent l’action au Japon du temps des samouraïs, des shoguns et des daimyos. Il est vrai que le sens de l’honneur imprègne, encore de nos jours, la société nippone. Rodrigue devient Natsumé, Chimène se mue en Harumi, les maures sont des yokais. Les auteurs mêlent l’intrigue au fantastique avec des monstres assoiffés de sang.

Les doubles pages en sépia avec les dessins en noir sont absolument superbes !  Certes c’est assez violent mais il est possible de trouver de la douceur lors des échanges amoureux entre Natsumé et Harumi, soulignés par de belles couleurs pastel. C’est un album très abouti, original par sa transposition. On peut même s’attarder sur certaines pages et les admirer comme des tableaux tant certaines sont spectaculaires. Cet album est divisé en 5 actes tout comme la pièce d’origine.

Les auteurs

Mud, née en 1979 à Lille, s’initie à l’écriture à l’école régionale des beaux-arts avant de la pratiquer dans la chanson, en tant que membre d’un groupe de rock. Il s’oriente ensuite vers la bande dessinée en scénarisant plusieurs récits des séries DoggyBags et LowReader. En 2025, il signe le scénario de Jakob dessiné par Zheping Xu.

Julien Motteler, né en 1974 est un dessinateur autodidacte, d’abord influencé par les comics et le fantastique. Sa carrière est lancée avec le tome 3 d’Akreod sur un scénario de Nicolas Mitric. Suivent notamment le tome 5 de Détectives avec Herik Hanna, Space gangsters et Lady Whitechapel avec Nicolas Antona.

C.C

Ketsudan – de Mud et Julien Metteler – 180 pages – 23,95 € – Éditions Dargaud – dargaud.fr

© 2026 The Glam Attitude - Tous droits réservés