LA femme au portrait
LE CINÉMA INSPIRE BEAUCOUP LA BANDE DESSINÉE
DES STARS À LA BEAUTÉ LÉGENDAIRE MAIS AUSSI DES DRAMES ET SCANDALES
En cette rentrée, la bande dessinée s’intéresse au monde du cinéma avec La Femme au portrait, signée par Nicolas Tellop au scénario et Antonio Lapone au dessin.
L’histoire
Los Angeles, dans les années 1940. Sur le plateau de tournage d’un film, un tableau intitulé La Femme au portrait est volé. Le seul témoin, le veilleur de nuit, a été tué. Mais, curieusement, c’est surtout la disparition du tableau qui chagrine l’équipe de production : sans lui, le tournage doit être suspendu. Une détective privée, Miss X, ancienne actrice aussi caustique que séduisante, mène l’enquête. Elle soupçonne le réalisateur, Ernst Spieler. Pour la convaincre de son innocence, celui-ci lui propose de l’aider à démasquer le véritable coupable. Dans une ville où le vrai et le faux se confondent sans cesse et où « tout le monde est prêt à n’importe quoi pour faire un film », découvrir la vérité ne sera pas une mince affaire.
À la lecture de cette bande dessinée, on comprend que le scénariste Nicolas Tellop est un cinéphile averti. Ses personnages présentent en effet de nombreuses ressemblances avec les stars du cinéma de l’époque. Jane Brennet évoque ainsi fortement l’actrice Gloria Swanson, vedette du cinéma muet qui effectue un spectaculaire retour à l’écran dans Sunset Boulevard, le film de Billy Wilder.
Nicolas Tellop évoque également Gene Tierney, dont la beauté a marqué les esprits dans Laura d’Otto Preminger. Même hommage à la très belle Jennifer Jones, qui épousa le producteur David O. Selznick et tourna notamment dans le mémorable western Duel au soleil de King Vidor. Le personnage d’Ernst Spieler, avec son monocle, n’est pas sans rappeler le réalisateur Erich von Stroheim, réputé pour son caractère autoritaire et sa légendaire exigence sur les plateaux de cinéma. L’intrigue est superbement construite. Les tableaux, omniprésents dans le récit, contiennent peut-être la clé de cette enquête palpitante.
Un dessin très cinématographique
Les dessins d’Antonio Lapone rappellent parfois l’univers graphique de l’artiste pop Roy Lichtenstein. Les cadrages, très cinématographiques, apportent au scénario la vitalité et l’énergie nécessaires. Les couleurs, toniques et presque primaires, sont parfaitement maîtrisées. Les doubles pages qui ouvrent l’album, dominées par le jaune et le bleu, sont particulièrement impressionnantes. Le dessinateur ajoute également une touche contemporaine et amusante avec Miss X, chaussée de souliers Christian Louboutin reconnaissables à leur célèbre semelle rouge. Une petite liberté historique puisque le créateur de la marque n’était pas encore né à l’époque où se déroule l’action. On pardonnera volontiers cette anachronie, qui semble surtout destinée à ajouter une pointe d’humour au récit.
Les auteurs
Nicolas Tellop est né en 1980. Rédacteur en chef des Cahiers de la BD et de La Septième Obsession, il est passionné depuis l’enfance par la bande dessinée et le cinéma. Il leur a d’ailleurs consacré plusieurs essais. La Femme au portrait est son premier scénario de bande dessinée, et il est particulièrement réussi.
Antonio Lapone est né en 1970 en Italie. Il travaille d’abord dans la publicité avant de se lancer dans la bande dessinée. Grand amateur du style graphique des années 1950, mais aussi de dessinateurs comme Yves Chaland ou Serge Clerc, il a notamment publié chez Dargaud le diptyque Gentlemind, en collaboration avec Teresa Valero et Juan Díaz Canales.
La Femme au portrait – de Nicolas Tellop et Antonio Lapone – 96 pages – Éditions Dargaud – 21,50 € – dargaud.fr



