La galerie nationale du design
Design en main, du langage à l'objet
DES OBJETS TÉMOINS D'UNE ÉPOQUE JOYEUSE
La Biennale Internationale Design de Saint-Étienne se tient tous les deux ans, les années impaires, et attire plus de 70 000 visiteurs. À l’instar de la Paris Design Week, elle investit différents lieux de la ville. Il était étonnant que cette Biennale, qui existe depuis 13 ans, n’ait pas encore de lieu dédié au design dans sa variété la plus étendue. C’est aujourd’hui chose faite !
Un hommage au travail de la main
Situé en pleine Cité du design, ce lieu mérite le détour. Attention toutefois : il n’y a pas de billetterie à l’entrée. Tout se passe sur Internet et il faut acheter son billet sur le site de la Galerie. À l’accueil, de petits fauteuils pliants sont mis à la disposition des visiteurs à mobilité réduite. Le design du lieu est réussi, chaleureux et d’une modestie chic. L’espace de 1 000 mètres carrés n’est pas démesuré, et la circulation y est aisée. Les présentoirs en bois sont non seulement parfaits pour mettre les objets en valeur, mais aussi modulables et réutilisables pour d’autres scénographies.
Le thème de l’exposition actuelle est « Design en main, du langage à l’objet », un thème évident et limpide que l’on doit à Laurence Mauderli, commissaire de l’exposition, historienne du design et enseignante à l’Ésad Saint-Étienne. Elle propose une véritable épopée du design à partir des gestes, des techniques et des modes de fabrication. En mettant au centre la relation entre le langage, la main, l’outil et l’objet, elle interroge la manière dont le design se construit dans l’action, entre conception et production, entre intention et usage. Cette approche fait écho à l’histoire de Saint-Étienne, territoire marqué par l’industrie et les savoir-faire, tout en l’inscrivant dans une perspective plus large, internationale et contemporaine du design.
Plus de 400 objets témoins d’une époque
Près de 400 objets, issus d’une dizaine d’institutions muséales et de plusieurs designers, témoignent de circulations et d’influences qui dépassent les frontières géographiques et disciplinaires. L’exposition tisse ainsi un lien constant entre une histoire locale du design et les grands récits internationaux.
On ne peut toutefois s’empêcher de sourire en découvrant l’espace consacré aux catalogues de Manufrance. Son nom commercial, contraction de Manufacture française d’armes et cycles de Saint-Étienne, désigne une entreprise française créée en 1887 dans cette ville industrielle. Elle fut l’une des premières sociétés de vente par correspondance, bien avant La Redoute et les Trois Suisses.Autrefois très connue pour ses fusils de chasse, ses vélos Hirondelle et ses machines à coudre Omnia, Manufrance est aujourd’hui encore associée à cette époque où les catalogues faisaient rêver des générations de consommateurs.
La nostalgie nous sourit et la mode de ces années-là nous amuse, tout en nous replongeant dans les années 1970.
Un espace accueillant et apaisant
Un espace très réussi de l’exposition est composé d’un sol et de parois recouverts de miroirs, qui servent de support et mettent en valeur des objets du quotidien devenus des indispensables de la maison. La scénographie et la construction sont dues à l’agence SILT, au designer Éric Benqué et à l’atelier graphique Pentagon. On peut également voir la vidéo de la construction de la superbe maison du génial Philippe Starck, dont les plans furent mis en vente dans le catalogue automne-hiver 1993-1994 des Trois Suisses : du jamais-vu à l’époque !
En conclusion, cette exposition nous transporte dans un temps joyeux, mais pas seulement. Elle nous fait aussi prendre conscience à quel point le design a facilité, transformé et embelli notre quotidien et notre vie.
Christian CHARRAT
Toutes les photos ci -dessous : © Kelvin Dolmaire – Photo de gauche © Louis Chevalier
Design en main, du langage à l’objet – Galerie nationale du Design – Cité du design – 14, esplanade Jacques Bonnaval – 42000 Saint-Étienne – 2 € – citedudesign.com