La longue marche de Lucky Luke

Un héros récurrent de la bande dessinée

Un personnage créé il y a déjà 80 ans !

Passionné par Lucky Luke depuis son plus jeune âge, Matthieu Bonhomme rend hommage au créateur du personnage, Maurice De Bevere, dit Morris en imaginant d’autres histoires. Avec ce troisième album, le scénariste, dessinateur et (excellent) coloriste maîtrise son récit du début à la fin.  L’histoire est intéressante et n’est pas sans rappeler La prisonnière du désert, le film de John Ford avec John Wayne et Nathalie Wood en 1956.
L’histoire
Dans les étendues enneigées du Minnesota, Lucky Luke est à la recherche d’un garçon blanc enlevé par les Indiens Pieds-Bleus. C’est l’oncle de l’enfant, le richissime Mr Cramp, patron de la Cramp Company, qui lui a confié cette mission. Luke se met en route en direction du camp des Indiens, où il découvre une tout autre réalité : le garçon n’a pas été séquestré mais recueilli et sauvé par les Pieds-Bleus. Âgé de dix ans et rebaptisé Nuage Rouge, il est aujourd’hui en danger. Cramp redoute qu’il devienne l’héritier de la Cramp Company et a chargé quatre desperados légendaires de l’éliminer. Luke décide alors de le mettre à l’abri au Canada. Leur périple ne sera pas de tout repos…
Luky Luke, un homme errant, solitaire
On peut dire que Matthieu Bonhomme, séduit avec son dessin et ses cadrages cinématographiques sans se départir de son élégante simplicité de trait. Il retranscrit les émotions à merveille. La charge des bisons par exemple, est très réussie. Le jeune Nuage Rouge est en fait un gamin assez insupportable, qui se prend d’affection pour un loup blessé et ébranle la carapace du cowboy rude et solitaire qui ne s’est jamais marié et n’a pas d’enfant. On retrouve bien sûr les célèbres frères Dalton qui souhaitent capturer le jeune Nuage Rouge contre une récompense. Même si le garçon est parfois très agaçant, on ne peut s’empêcher de prendre faits et armes pour lui. L’auteur connaît bien les coutumes et les traditions indiennes, et nous les fait entrevoir avec brio, dessins et couleurs attractifs à l’appui. Il interroge en filigrane le mythe du cow-boy solitaire parcourant les États-Unis, semblant fuir des émotions susceptibles de le perturber. Le héros de bande dessinée ne peut s’attacher à personne, encore moins fonder une famille. Quant à choisir un lieu de prédilection, cela reste impensable. Il est donc condamné à errer à travers le Grand Ouest pour notre plus grand plaisir. N’oublions pas que le personnage de Lucky Luke a été créé par Morris il y a déjà 80 ans !
L’auteur
Matthieu Bonhomme est né en 1973 à Paris. Après des études d’arts appliqués et une formation auprès de grands auteurs de bandes dessinées (Christian Rossi, Jean-Claude Mézières), il commence sa carrière de dessinateur en 1999 avec L’Âge de raison et Esteban. Il collabore également avec des scénaristes notamment Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Lewis Trondheim ou Fabien Nury. Il témoigne de son goût et de sa connaissance du western en publiant L’Homme qui tua Lucky Luke en 2016 puis Wanted Lucky Luke en 2021 dans un parfait dosage – fidèle à l’œuvre originale avec en prime un renouvellement créatif.
Triple lauréat au festival d’Angoulême en 2003, 2010 et 2017, ce talentueux français est considéré à juste titre, comme l’un des dessinateurs les plus brillants de sa génération.
C.C
La longue marche de Lucky Luke – de Matthieu Bonhomme – Éditions Dargaud – 80 pages – 16,50 € – dargaud.f

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