la poupée de sophie beaulieu
Un premier long métrage réussi
Photos- 1/2/3 : © Novoprod – Photo 4 : © Renaud Konopnicki
Un loser (très) attachant
Un homme (Rémi) est en couple avec une poupée. Sur le papier, le « pitch » n’est pas emballant. Mais dès les premières images du film, on se laisse tenter. C’est la magie Vincent Macaigne, servie par une histoire qui nous embarque vers l’inconnu et par des dialogues piquants. Avec La Poupée, Sophie Beaulieu signe son premier long métrage, plutôt réussi.
Lors de la rencontre avec la presse organisée à Lyon, sa ville natale, la réalisatrice raconte. « J’avais vu un reportage sur des hommes américains qui vivaient avec des poupées femmes. Ils disaient qu’ils s’entendaient bien. J’avais envie que la poupée réagisse et donne son avis. Au départ, je voulais faire un film de vengeance, il s’est orienté vers la comédie romantique car ces hommes étaient touchants dans leur détresse et leur amour était sincère. C’est un film féministe, mais pas anti-hommes ».
« Une petite chose comique »
Le rôle n’a pas été écrit spécialement pour le comédien du Sens de la fête car Sophie Beaulieu avait « peur d’être déçue s’il ne venait pas … mais il est arrivé très vite dans le processus ». Loser attachant avec sa sensibilité, sa fantaisie, sa drôlerie aussi. « Je voulais des acteurs qui ont cette petite chose comique » souligne la scénariste. Comme Cécile de France, pétillante et nature, très libre avec sa chevelure toute bouclée (c’était son idée) dans le costume de la bonne copine.
Quant à la poupée, Audrey, elle est incarnée par Zoé Marchal (la fille du réalisateur de polars Olivier Marchal et de la comédienne Catherine Marchal), déjà vue dans la série Skam France et Les nouveaux riches de Julien Royal. Celle qui est plutôt habituée à des rôles physiques (« cascades et bastons ») a dû « apprendre à jouer toute en intériorité, et sans les muscles ». Mais il y avait bien, aussi, deux vraies poupées : une au début du film, plus figée et maquillée et une, à la fin, plus naturelle et plus émancipée. Toutes deux ont été fabriquées dans un laboratoire d’effets spéciaux de Strasbourg.
Paysages du Jura
Il faut noter un casting particulièrement bien choisis aussi pour les seconds rôles, avec Marianne Basler, sa mère, et Gilbert Melki, le père de Rémy. Il interprète un chirurgien esthétique, plutôt rigide, qu’Audrey recadre avec quelques vérités. Si le féminisme est diffusé tout au long, par petites touches, il n’en est pas moins efficace.
L’histoire se déroule dans le Jura (l’équipe a été aidée par la région Bourgogne Franche Comté). « Je voulais un paysage avec du relief et des lacs, une nature forte et du vert pour contraster avec la poupée, bien sûr, mais aussi l’entreprise de gazon synthétique dans laquelle travaille Vincent », indique la réalisatrice.
Habituée aux courts métrages (dont Je n’ai pas tué Jessie James et Salem diffusés sur France 2), Sophie Beaulieu a limité son premier long métrage à une durée d’1 h 20. « Je voulais faire une comédie avec un rythme. J’aime les films courts au cinéma, à moins de voir un chef d’œuvre ». Elle livre ici un joli conte, condensé d’humour …et d’amour.
Isabelle BRIONE
La Poupée – de Sophie Beaulieu avec Vincent Macaigne, Cécile de France et Zoé Marchal. Sortie en salle le 22 avril 2026