Le lac des cygnes d'angelin Preljocaj
Le chorégraphe revisite le lac des cygnes avec brio
Un ballet mémorable
Photo ci-dessus : Vue de l’Amphithéâtre la nuit © Paul Bourdrel
Le chorégraphe Angelin Preljocaj, était présent aux Nuits de Fourvière 2026. Il prenait ses quartiers pour trois soirs au sein de l’iconique festival lyonnais, qui rappelons-le, célèbre ses 80 ans d’existence cette année. Le premier soir, le public de l’amphithéâtre conquis lui fit une standing ovation amplement méritée.
Pour mémoire, il s’agit avant tout, d’une histoire d’amour malheureuse et mise en musique qui traverse le temps depuis sa création -entre 1875 et 1876- par le compositeur russe, Piotr Illitch Tchaïkovski. À la création, le chorégraphe Marius Petipas s’empare de l’œuvre et impose sa vision du ballet en quatre actes qui fait toujours référence.
La réécriture brillante de Prejlocaj
Au bord d’un lac, Rothbart veut exploiter un gisement d’énergie fossile. Une jeune fille, Odette, semble contrarier ses plans, il va la transformer en cygne. Ailleurs, lors d’une soirée, Siegfried va s’opposer à son père qui veut s’associer avec Rothbart pour construire une usine au bord du lac des cygnes.
Fidèle à l’œuvre originale, Preljocaj transpose l’histoire de la princesse cygne au cœur des problématiques de notre temps. Même un ballet fort célèbre retranscrit le malaise de notre société contemporaine anxiogène.
La proposition du chorégraphe est brillante, il mixe l’œuvre originale avec de la musique additionnelle de 79D, le tout soutenu par des vidéos de Boris Labbé et les costumes colorés de Igor Chapurin. On trouve dans les vidéos projetées, des références à des films culte : des images en noir et blanc de buildings, évoquent le film Mahattan de Woody Allen ou encore Metropolis de Fritz Lang. L’ombre de Bob Fosse, célèbre chorégraphe et réalisateur américain dont le ballet The Alouf du film Sweet Charity ou Cabaret semble planer sur une scène somptueuse. Le ballet d’ouverture rappelle celui des serveurs dans la séquence dansée sur Like a Virgin de Madonna dans le film Moulin Rouge de Baz Lhurman. Les artistes sont des éponges qui absorbent tout pour ensuite offrir leurs propres créations et visions. C’est la particularité de ces gens hyper sensibles et talentueux.
Preljocaj impose son style identifiable de suite
Preljocaj, tout comme Pedro Almodovar au cinéma, impose son style qui a l’instar d’un Maurice Béjart, marque à jamais le monde de la danse. Sa génération casse les codes, réinvente le mouvement, le pas de deux, etc. Preljocaj, revisite avec un certain humour, le célébrissime ballet des quatre jeunes cygnes. Ce qui était aussi le cas des Ballets du Trockadero de Monte Carlo -hommes gays qui dansent en tutu- et qui mirent le feu à l’amphithéâtre de Fourvière, il y a déjà quelques années, avec leur technique, leur énergie et leur humour.
Preljocaj introduit aussi une certaine sensualité tout le long dans sa création, avec des danseurs ondulant des hanches en rythme. Un groupe de danseuses se réunit et forme, soutenu par les jeux de lumière d’Éric Soyer une couronne, l’effet est magique. La compagnie au complet mais cette fois vêtue de noir s’aide de chaises pour composer une scène époustouflante qui enchante le public. Tout nous interpelle, nous bouscule, que ce soit la position des mains, la cambrure d’un corps, une formation de profil. En duo ou en groupe, la troupe donne tout, tout est au cordeau approchant au plus près la perfection. Le mixage brillant de la musique de Tchaïkovski avec la musique contemporaine de 79D soutient les mouvements, les amplifient. Que dire du passage où le corps de ballet danse sur de la techno comme sur un dance floor et soudain à l’unisson, forme une sorte de vague là aussi ondulante semblant poussée par le flux, stupéfiante de beauté. Le public, lui, chavire de son côté.
Un ballet qui deviendra très vite iconique, un moment de grâce suspendu dans le temps et une performance remarquable !
Christian CHARRAT
Les nuits de Fourvière – jusqu’au 25 juillet 2026 – Plus d’informations sur nuitsdefourviere.com