Lessons in living -a house in japan

quand la tradition rencontre la modernité

LE BÉTON DEVENU SIGNATURE

Photo ci-dessus : © Ooki Jingu, A House in Japan, Gestalten 2026

Le Japon est un pays qui fascine à plus d’un titre.  Tout d’abord, ce qui frappe les nouveaux arrivants, c’est l’extrême courtoisie des Japonais, ici on respecte les files d’attente, on ne vole pas car la police est efficace et omniprésent mais, les hommes précèdent toujours les femmes au sortir de l’ascenseur… Le service dans les boutiques ou les grands magasins au design soigné est exceptionnel.  Les campagnes publicitaires illustrent tout sauf le produit. Le Japon est en avance sur son temps que ce soit en mode, en design ou publicité. Les bars et les clubs sont nichés dans les étages d’immeubles à la construction banale, mais, une fois poussé la porte, c’est un autre univers qui vous transporte dans un ailleurs terriblement insolite et créatif que l’on doit à de brillants décorateurs.

Une identité de suite reconnaissable

Côté urbanisme, il semble n’y avoir aucun plan décidé par la ville. C’est une anarchie totale que ce soit à Tokyo ou Osaka. Les Japonais n’enterrent pas les câbles électriques car cela coûte fort cher et prend du temps ce qui hélas, ruine le paysage et gâche les photos. Des buildings sophistiqués dessinés par des designers comme Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte, Nigel Coates, Tadao Ando ; Akiro Watanabe, la liste est longue et non exhaustive, font de l’ombre à de modestes maisons dont les propriétaires doivent faire face à des promoteurs déterminés à les expulser.  Ces résistants, malgré le pont d’or qui leur est offert, sont souvent soutenus par la population locale. Depuis déjà plusieurs décennies, les architectes japonais ont osé des constructions en béton armé laissant ce dernier apparent ce qui devient une signature identitaire.  C’était surtout très avant-garde dans les années 80 mais l’attachement à ce matériau perdure. Pour contrebalancer le côté froid du béton, les architectes utilisent souvent du bois pour les sols ou les meubles et font appel à des artisans très qualifiés. Ils semblent que les autorités soient tolérantes vis-à-vis des architectes et leurs projets sauf sur les risques sismiques qui sont importants dans cette partie du monde ou sur l’emplacement d’un parking. Il faut savoir que l’on ne peut acheter une voiture si l’on ne peut justifier d’un emplacement de parking et ce afin d’éviter l’engorgement sur les routes et maitriser, un tant soit peu, la pollution.  La police se déplace pour vérifier la véracité de votre déclaration. Les nouvelles constructions témoignent des priorités : faire entrer la lumière tout en préservant l’intimité, celle-ci vaut de l’or et souvent, le résultat est spectaculaire. Il suffit de voir la maison pyramidale stupéfiante du cabinet Igarchitectes à Okinawa (page 106.)

Une sérieuse contrainte, le prix du mètre carré

Les architectes japonais sont très souvent confrontés au problème de surface au sol car les terrains dans les grandes villes sont très chers et le mètre carré atteint des prix dissuasifs. C’est pourquoi ces derniers doivent construire en hauteur. Pour illustrer comment contourner ces contraintes, il suffit de regarder la Love2 House de Takeshi Hosaka à Bunkyo, Tokyo (page 145.) On réalise en regardant cette dernière à quel point les autorités sont conciliantes.

On trouve dans cet ouvrage, peu de maisons à la campagne car se faire construire une maison à proximité du mont Fuji ou dans le Nord du pays est réservé à des gens très aisés. Un exemple toutefois, on trouve dans les montagnes de Karuizawa, à Nagano, le sublime refuge Itsu Sho Sha de Ed Ng et Terence Ngan de AB Concept, Cette maison de 4.600 m2 avec ses baies vitrées est à couper le souffle (page 36.) C’est un espace temporel où l’on oublie l’énergie dévorante des grandes villes, c’est un lieu propre à la contemplation. Le temps semble être suspendu, la maison figée dans un monde meilleur.

Ce beau livre est révélateur d’un art de vivre japonais contemporain qui nous fascine toujours autant…

L’ouvrage se compose de cinq chapitres poétiques : 

– Une maison au Japon. Où la tradition et la modernité se rencontrent.

– La poésie de l’imperfection et de l’impermanence

– Le pouvoir infini du moins et l’art tranquille de la retenue

– La maison évolue : une toile pour la vie sous différentes saisons

– Un petit monde, grande imagination : l’architecture des joies simples

Un livre qui trouvera sa place dans toute bibliothèque d’esthète…

Christian CHARRAT

Lessons in Living – A house in Japan – Édition en anglais uniquement – Gestalten – 272 pages – 50 € – gestalten.com

 Photo ci-dessus :  © Norihito Namauchi, A House in Japan, Gestalten 2026.

Photo ci-dessus : © Owen Raggett, A House in Japan, Gestalten 2026

 Photo ci-dessus :  © Masaya Yoshimura – A House in Japan, Gestalten 2026.

 Photo ci-dessus : © Ooki Jingu, A House in Japan, Gestalten 2026.