L'homme qui vendit la tour eiffel
La folle histoire de la dame de fer
La technique du slapstick
La bande dessinée non seulement nous divertit mais elle peut aussi nous instruire. Il faut reconnaître que les Éditions Dargaud sont sensibles aux histoires vraies pour de nombreux albums tels : 1000 Femmes blanches, Charlotte impératrice, Globe Trotteuses, Vertu Saint Cyr, Guérillero et bien sûr, ce dernier ouvrage très rythmé et réjouissant qui nous raconte une arnaque spectaculaire.
Une histoire vraie datant de 1925
On savait que les joailliers de la place Vendôme étaient souvent ciblés par des escrocs de haut vol mais de là à vendre un des monuments les plus connus au monde, la tour Eiffel, personne ne pouvait y croire ! C’est avouons-le, un exploit. Victor Lustig, recherché en Europe et aux États-Unis débarque à Paris pour préparer son prochain coup de maître. Cet escroc flamboyant n’a peur de rien : plus c’est gros, plus ça passe ! Au cœur des Années folles, il imagine la plus grande arnaque de XXème siècle : vendre la tour Eiffel ! Grâce à son acolyte Dan Collins, et à la meneuse de revue Miss Tam Tam, l’arnaqueur aux multiples identités déploie tout son talent et sa roublardise pour trouver le pigeon à plumer et échapper aux polices occidentales. Pour toucher le jackpot, il va ériger l’escroquerie au rang d’œuvre d’art.
Des dessins inspirés par deux légendes du cinéma et une chanteuse iconique
On adhère tout de suite à ce récit incroyable tiré d’une histoire vraie et soutenu par une mise en page et des cadrages dynamiques. La gamme de couleurs est dominée par les terracotta, vert et bleu profond. Les personnages sont caricaturaux mais très expressifs. On devine que les acteurs Charlie Chaplin et Buster Keaton, rois du cinéma muet, ont servi d’inspiration au dessinateur Joseph Fazen. Il utilise la technique du slapstick, un humour qui implique une part de violence physique volontairement exagérée. On pense aussi à l’acteur américain Jim Carey avec son visage élastique et récemment honoré aux César du cinéma français. Côté personnage féminin, Miss Tam Tam a dû, elle, être inspirée par Joséphine Baker, reine de la Revue Nègre, un spectacle de jazz et de danse qui prend vie en 1925 à Paris. Joséphine danse la poitrine nue avec une ceinture de bananes autour de la taille, le succès est immédiat.
On aime particulièrement les pigeons qui se promènent au fil des pages symboles de la ville de Paris. Ils sont aussi l’illustration de la pensée de l’escroc sur ses prochaines victimes. Il arrête son choix sur un certain André Poisson. Ce récit, totalement immoral, nous amuse énormément.
Les auteurs
Stéphane Marchetti est un auteur/réalisateur et scénariste BD. Après plusieurs documentaires, sort au cinéma La tête froide, son premier long métrage. Il est présenté en avant-première mondiale au Festival du film francophone d’Angoulême en 2023.
Joseph Falzon est diplômé de l’école Saint-Luc de Bruxelles. Il publie un premier album en 2010, puis en 2013, Romain et Augustin, un mariage pour tous, une BD militante réussie et courageuse pour l’époque.
Cette dernière bande dessinée est une pépite aussi amusante que sidérante, car qui aurait pu imaginer un jour qu’un malfrat oserait vendre, au kilo, le métal de la Dame de Fer…!
C.C
L’homme qui vendit la tour Eiffel – de Stéphane Marchetti et Joseph Falzon – Éditions Dargaud – 88 pages 19,95 € – dargaud.fr




