Liza Minnelli se confie
LE CABARET DE MA VIE
Un chef d'œuvre cinématographique fait d'elle une icône
À l’aube de ses 80 ans, Liza Minnelli raconte sa vérité sur sa vie agitée et nous fait nous interroger sur la gloire et la célébrité. Sont-elles positives ou toxiques ? Liza écrit avec un z, se confie à son meilleur ami, le chanteur et compositeur Michael Feinstein, chanteur et pianiste.
De ces enregistrements à cœur ouvert, naît une autobiographie de 588 pages dont le titre original est Kids wait till you hear that (Les enfants attendez d’entendre ça !). Pour le marché français, les éditions Fayard ont choisi Le Cabaret de ma vie, très inspiré du chef d’œuvre de Bob Fosse, Cabaret (1972) qui confirma sa place de star planétaire et d’icône.
Une enfance faite de haut et bas
Elle est la fille de la chanteuse et actrice Judy Garland à la voix unique et reine du « Torch song » (chansons tristes ou sentimentales) et du génial réalisateur de cinéma (Tous en scène, Un américain à Paris, Gigi, etc), Vincente Minnelli. Elle grandit, comme elle s’amuse à le souligner, dans la gueule du lion de la Métro Goldwin Mayer, très puissant studio de cinéma géré d’une main de fer par le redoutable Mr Louis B Mayer. Ses parents sont tous deux sous contrat avec ce studio. Elle voit donc le jour le 12 mars 1946 à Los Angeles d’une mère née dans une valise au cours d’une tournée et d’un père né sous une tente ; elle mesure à priori sa chance d’avoir vu le jour à Hollywood dans une grande et belle maison…
Seulement voilà, la vie règle toujours ses comptes et ce qu’elle donne d’un côté, elle le reprend tôt ou tard. Rien n’est jamais acquis et Liza Minnelli l’apprendra à ses dépens. Dans le livre, on lui reconnaît un franc parler sincère car elle n’élude rien et décrit cash son enfance à Hollywood, avec son lot de morts tragiques, d’alcoolisme, de drogues, d’infidélités, de mariages brisés, de suicides et autres désintégrations. Ayant grandi dans cet univers, elle porte un regard lucide et déclare que la plupart des acteurs sont des personnes totalement autocentrées.
L’enfant devient adulte bien trop vite
Au moment du divorce de ses parents, démunie, elle doit mendier des ordonnances pour s’occuper de sa mère prisonnière de ses addictions aux amphétamines, somnifères et alcool, un mélange qui anticipera sa mort à 47 ans. Lors de tournées, mère-fille s’enfuient sans payer leurs notes d’hôtel n’ayant pas d’argent. Une fois au sommet de sa carrière, Liza remboursera tous les hôtels qu’elle avait dû quitter comme une voleuse. Mais la constatation est amère…adulte trop jeune et trop jeune trop tard…
Des mariages décevants et sous influences
Dans sa vie amoureuse, elle n’est guère plus heureuse. Elle évoque ses quatre mariages, notamment son union avec Peter Allen. Un jour, elle le surprend nu dans leur lit conjugal en train de faire l’amour passionnément avec un homme. Cette vision de celui à qui elle avait tant donné recevant d’un autre la même tendresse et le même désir, restera gravée dans sa mémoire.
Un traumatisme qui a sans doute contribué à l’amener vers le rôle de Sally Bowles dans le chef-d’œuvre de Bob Fosse, Cabaret. À cette époque, les personnages gays et bisexuels commencent seulement à trouver leur place au cinéma. Dans le film Cabaret, son petit ami couche avec un bel et riche aristocrate allemand… Ce qu’elle a vécu dans la vraie vie avec Peter Allen. Ce rôle semble taillé pour elle, il lui colle à la peau. Sa performance, inoubliable, lui vaut l’Oscar de la meilleure actrice. et le statut d’icône.
Très engagée en faveur de la cause LGBT, elle s’inscrit aussi dans l’héritage de sa mère, Judy Garland, véritable icône de la communauté gay. Les émeutes de Stonewall, à New York, éclatent d’ailleurs le lendemain des funérailles de cette dernière. Ce soulèvement, né de la révolte contre les violences policières, marque le point de départ du mouvement moderne des droits LGBT et donne naissance à la première Gay Pride.
Elle se fiance avec son ami d’enfance, le beau Desi Arnaz jr, âgé de dix-neuf ans. Mais elle rencontre Peter Sellers et annonce la fin de ses fiançailles pour officialiser sa liaison avec l’acteur britannique lors d’une conférence de presse. Desi apprendra la nouvelle par les journaux… Elle découvre plus tard que l’inénarrable inspecteur Clouseau qui fait le succès des épisodes de La Panthère rose souffre de schizophrénie aiguë… Elle a par la suite une relation toxique avec le réalisateur Martins Scorsese, géant du cinéma américain. Elle confie avoir eu une passion pour Charles Aznavour, mais épouse le producteur Jack Alley, puis le sculpteur Mark Gero et enfin, celui avec qui elle va vivre selon ses mots « un mariage en enfer » David Gest, un promoteur magouilleur, baratineur qui se maquille plus qu’elle et détourne son argent…
Une légende vivante, une femme résiliente
Quand elle décide de s’installer toute jeune à New York pour tenter sa chance sur scène, elle confesse avoir dormi sur un banc dans Central Park (endroit fort dangereux à l’époque.) Elle n’avait pas les moyens de se payer une chambre d’hôtel. Grâce à son talent immense et un travail acharné, le succès est au rendez-vous. En 1990, elle devient la plus jeune artiste à remporter un EGOT (Emmy, Grammy, Oscar, Tony) et la série Arrested Development l’élève à la dimension de star. Elle surprend tout le monde avec sa collaboration très créative avec les Pet shop Boys. Son album Results remporte un franc succès.
Elle côtoie toutes les célébrités d’Hollywood, dont Elizabeth Taylor qui tout comme sa mère considère l’hôpital comme un second foyer. Elle aussi fera de nombreuses cures de désintoxications, émaillées de rechutes. Elle la rejoint dans son combat pour la lutte contre le Sida. Proche également de Frank Sinatra qu’elle a connu enfant, du couturier Halston qui l’habille à la ville comme sur scène, de Michael Jackson, du peintre Andy Warhol, la liste est longue et non hexaustive. Elle est une habituée du Studio 54 où elle rencontre l’ex Première dame des États-Unis, Betty Ford, qui souffre d’alcoolisme. Cette dernière ouvre une clinique pour combattre l’addiction. Liza y fera d’ailleurs des cures de désintoxication. Comme tous les alcooliques, Liza Minnelli pense gérer sa consommation. Dans le déni total, elle va jusqu’à tomber très saoule, dans une rue de New York et reste étendue inconsciente des dizaines de minutes. Les gens s’écartent, l’évitent mais personne ne la relève…
Arrivé au terme de ces 588 pages écrites sur le ton de la confidence, on ne peut qu’être profondément ému par le parcours de vie chaotique de la star. On découvre une femme blessée qui, d’enfant extravertie et lumineuse, devient au fil du temps plus réservée, voire méfiante – et on la comprend aisément. Pourtant, cette femme qui croit au destin ne se laisse ni envahir par l’aigreur ni consumer par la rancœur. Au contraire, elle apparaît apaisée, enfin libérée de ses démons et, osons le mot, heureuse !
Christian CHARRAT
Le cabaret de ma vie – Liza Minnelli – 588 pages – 25 € – Éditions Fayard – fayar.fr