Marilyn & me - lawrence schiller
Une icône encore présente dans les cœurs
UNE RENCONTRE FIGÉE À JAMAIS PAR LA PELLICULE
Photo ci-dessus : Lawrence Schiller à la galerie Taschen – Cannes © Cho Hang Siu pour The Glam Attitude
Nous avons rencontré durant le Festival de Cannes, le photographe Lawrence Schiller qui a photographié à deux reprises, l’icône suprême du cinéma américain Marilyn Monroe et ce quelques jours avant sa tragique et suspecte disparition. Il était à la galerie Taschen -son éditeur- à Cannes pour dédicacer la première version de son livre témoignage Marilyn & Me (un livre grand format, luxueux.) L’homme est affable, talentueux et modeste bien que devenu une légende de la photographie.
On célèbre cette année les cent ans de la naissance d’une blonde incandescente, Marilyn Monroe. La chaîne Arte lui a consacré une mini-série passionnante de 3 épisodes sous le titre : Marilyn Monroe, la célébrité à tout prix, à voir sur Arte Replay. Pour l’heure, les Éditions Taschen ont eu la bonne idée de publier l’ouvrage en édition, plus abordable. Le livre narre l’aventure incroyable du jeune Lawrence Schiller confronté à celle qui était devenue une vraie légende du cinéma et dont le visage orne un des murs de la gare de Cannes souhaitant la bienvenue aux arrivants.
En 1956, Lawrence était un étudiant en photographie et il avait remarqué le visage angélique de Marilyn en couverture du Time magazine. Il fait son chemin dans le milieu du photojournalisme et se trouve assigné à photographier James Stewart et Lee Remick acteurs du film Anatomie d’un meurtre. Il ne lui était pas venu à l’esprit qu’il aurait un jour, la chance de rencontrer la méga star qui était le fantasme de bien des hommes.
Un photographe de vingt-trois ans face à une légende vivante
À l’âge de vingt-trois ans seulement, le magazine Look lui propose de rencontrer la star sur le tournage de Let’s Make Love (le milliardaire), film de George Cukor avec l’acteur français Yves Montand. Elle lui apparut dans tout l’éclat de sa beauté mais sur son visage aussi doux que de la soie, le regard disait qu’elle était inapprochable. Il lui dit au détour d’une discussion en amont d’une séance photo « Vous êtes déjà célèbre, maintenant, vous allez me rendre célèbre ». « Ne soyez pas si insolent, répliqua Marilyn, les photographes, ça se remplace facilement. »
Il remarque qu’elle parle exactement comme dans ses films d’une voix douce qui le fascine. Il la suit au maquillage et commence à prendre des photos. Elle lui précise toutefois, qu’elle sait qui elle est et que faire pour obtenir une bonne photo d’elle. Elle a aussi le droit de regard sur toutes les photos la concernant. Il lui apprend toutefois, qu’il ne voit pas de l’œil gauche, elle s’en attriste mais ce problème ne nuit pas à son talent.
Les retards légendaires de Marilyn
Il découvre au fil de son reportage, que Marilyn est connue non seulement pour sa photogénie exceptionnelle mais aussi pour ses retards légendaires. Tout comme Yves Montand, avec qui la star entretient une liaison. Liaison qui se confirme par l’énergie qui se dégage du couple, sur le tournage. Il passe des heures à attendre que Marilyn daigne apparaître. Elle fait ainsi payer à la Fox le fait que le studio ne la rémunère pas assez par rapport aux autres stars sous contrat. Malgré les heures d’attente, il réalise l’opportunité que lui offre le destin, car Marilyn est photographiée par les plus grands photographes : Eve Arnold, Philippe Halsman, Alfred Eisenstaedt, Richard Avedon, Arnold Newman et Milton Green ou encore Bert Stern. Il entre à son tour dans la cour des grands.
La photo inoubliable qui fit scandale
Leur chemin diverge après le tournage mais là encore la vie ou le destin rebattent les cartes. Il retrouve Marilyn deux ans après, sur le tournage de Something’s Got to Give (Quelque chose doit craquer, titre prémonitoire…) Marilyn a approuvé sa présence ainsi que Pat Newcomb, l’attachée de presse et amie de Marilyn. Ils discutent alors de la scène de Marilyn se baignant dans la piscine sous le regard admiratif de Dean Martin, son partenaire à l’écran. Elle est au sommet de sa beauté et a perdu 12 kg. Elle propose de nager nue dans la piscine, ce qui provoque une discussion agitée parmi le trio. Marilyn insiste elle tient à nager nue.
Sa motivation à oser la nudité est encouragée par la guerre médiatique entre Elizabeth Taylor et Marilyn Monroe au sein de la Fox. Il est vrai que la Fox paie Elizabeth Taylor un million de dollars pour sa prestation dans Cléopâtre -film qui a failli ruiner la Fox- alors, que Marilyn ne perçoit que 100.000 dollars pour Something’s Got to Give. Pour Gentlemen Prefer Blondes (Les Hommes Préfèrent les Blondes) sa partenaire Jane Russell reçoit 200 000 $ alors que Marilyn seulement 15.000 $ et pourtant on ne voit qu’elle !
Lawrence témoigne de l’omniprésence sur le tournage de Paula Strasberg qui la conseille sur son texte, sa gestuelle, etc. ce qui en agace beaucoup… Il confie que pour la scène iconique de la piscine, le réalisateur George Cukor avait installé sept caméras et bien sûr, Marilyn était en retard. Elle apparaît alors en maillot de bain, deux pièces puis s’en débarrasse au fur et à mesure. Elle était à une semaine de son 36ème anniversaire et est absolument rayonnante. Ce sont trois photographes agréés par Marilyn sur le plateau qui sont accrédités : Lawrence Schiller, William Read Woodfield et Jimmy Mitchell. Il faut garder en mémoire que Marilyn a le contrôle absolu sur toutes les photos où elle apparait. Aussi bien les photos en noir et blanc que les photos couleurs. Elle maitrise si bien son image qu’elle se montre impitoyable pour la sélection finale
Une image qui vaut des milliers de dollars
Les enchères commencent et c’est le prestigieux magazine Life qui obtient l’exclusivité. Marilyn impose deux conditions aux photographes : toutes vente perdue sera récupéré par l’exclusivité et aucun magazine ne peut inclure quoique ce soit au sujet d’Elizabeth Taylor dans le même numéro. Cette photo est devenue iconique dès sa parution, a rapporté beaucoup d’argent aux deux photographes car les clichés de Jimmy Mitchell, ne furent pas retenus.
Schiller par ses photographies et son récit, nous dépeint une femme solitaire bien que très entouré par toute une équipe. Elle semble pourtant heureuse lors de la célébration de son anniversaire sur le plateau de tournage ou en chemin pour aller à une soirée chez l’ombrageux Marlon Brando. Schiller avouait à Cannes, n’avoir toujours pas compris pourquoi, même si la Fox avait mis fin à son contrat car elle était très souvent absente du tournage et avait quitté le tournage pour aller chanter Happy Birthday à l’anniversaire du Président Kennedy (son amant), ce que la Fox ne lui a pas pardonné. Elle avait acheté une maison, avait commandé des meubles au Mexique pour la décorer, elle avait des projets. Vu ce que Schiller avait observé sur le plateau au jour le jour, elle ne lui semblait pas déprimée, alors pourquoi, se serait-elle suicidée ? Sa disparition pose beaucoup de questions et de nombreuses enquêtes furent menées sans jamais clarifier les circonstances exactes de son décès à ce jour.
On gardera de ce testament photographique les clichés superbes de cette femme, en apparence fragile mais qui grâce à sa volonté de fer, atteint la gloire tant recherchée par elle dès son plus jeune âge. Schiller était présent aux funérailles de Marilyn, organisées par son premier mari Joe di Maggio dont il photographie la douleur. Ce dernier, défait, a le cœur au bord des larmes, tout comme ses nombreux admirateurs anonymes.
Un hommage photographique précieux rendu à une grande actrice, que Hollywood ne voulut jamais reconnaître en tant que telle.
Christian CHARRAT
Marilyn & Me – Édition en anglais uniquement – de Lawrence Schiller – Éditions Taschen – 200 pages – 60 € – taschen.com