MATISSE - GRAND PALAIS - PARIS

Matisse ou l'art de se réinventer

Des œuvres en papier gouaché, découpé

Photo ci-dessus : Henri Matisse, Nu bleu II, 1952 – Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 103,8 x 86 cm, -Centre Pompidou, Paris – Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Service de la documentation photographique du MNAM / Dist.GrandPalaisRmn

Matisse ou l’art de se réinventer … Henri Matisse (1869-1954) sort d’une grave opération chirurgicale qui a failli lui coûter la vie en 1941. Il éprouve alors le sentiment de rentrer dans « une seconde vie ». Elle sera l’occasion d’un regain créatif jusqu’à sa mort. 
Avec près de 300 œuvres, l’exposition présente peintures, dessins, gouaches découpées, livres illustrés, textiles et vitraux qui sont autant de déclinaisons de cet élan nouveau. Ils sont issus de la riche collection du Centre Pompidou, à laquelle s’ajoutent des prêts exceptionnels. Cinq points forts ponctuent ce parcours dense, ultra coloré et joyeux qui se déploie sur deux niveaux.
1-L’album Jazz 
Conçu pendant la guerre et publié en 1947, il est la première œuvre du peintre réalisée en papiers gouachés découpés. Les vitrines dévoilent l’ensemble des planches de l’album accompagnées de leurs maquettes.  « Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs. Ce livre a été conçu dans cet esprit » confie l’auteur. Une création électroacoustique de Claudia Jane Scroccaro plonge dans l’atmosphère musicale de ses créations.
2-Les Intérieurs de Vence 
Réalisée entre 1946 et 1948, cette série peut être considérée comme l’adieu de Matisse à la peinture. La couleur, vive et envahissante, se déploie dans l’espace pictural au-delà de la limite du cadre. Onze de ces intérieurs sont ici rassemblés exceptionnellement.
3-Les grandes compositions en gouache découpées 
Entre 1941 et 1954, il invente la technique du papier gouaché découpé qui va devenir son médium de prédilection. Cette taille directe dans la matière synthétise la ligne et la couleur. Matisse compose la plupart sur toute la hauteur du mur de son atelier qu’il appelle désormais « l’usine ». Simplement épinglées, elles sont assemblées de manière évolutive, au gré de son inspiration. Il peut ainsi répondre à des commandes monumentales. Leur présentation est exceptionnelle car ce médium particulièrement fragile (photosensible) est rarement exposé. Coup de cœur pour le magistral l’Escargot géant (1953). Ne ratez pas la vidéo qui montre l’octogénaire en pleine séance de découpage.
4-La chapelle de Vence 
Pendant trois ans, de 1948 à 1951, Matisse se consacre à la réalisation de la chapelle du Rosaire pour les dominicaines. Il la conçoit comme une œuvre d’art totale (vitraux, céramiques, mobilier liturgique les vêtements sacerdotaux …) qu’il financera en partie sur ses deniers. Il faut admirer la maîtrise dont il fait preuve pour tracer à l’encre de chine ce grand Saint Dominique de plus de 3 mètres de haut (1949).
5-Les Nus bleus
Il s’agit d’un ensemble de papiers gouachés découpés datés de 1952 dans lesquels Matisse décline le thème d’une figure bleue, statique ou en mouvement. Il atteint là l’un des sommets de sa maîtrise de la gouache découpée et de ses capacités synthétiques. Ces silhouettes sont archi-connues, mais leur vision de près, qui fait ressortir leur côté extrêmement empirique, s’avère émouvante.
On peut ajouter à cet ensemble l’oeuvre ultime « Katia à la chemise jaune », (1951) prêtée par le musée des Beaux-arts de Lyon. Une peinture qui synthétise les acquis résultant des expérimentations de Matisse avec les dessins au pinceau et les gouaches découpées : épure du trait, couleur libérée des contours du dessin et monumentalité. « Il n’y a pas de rupture entre mes anciens tableaux et mes découpages, seulement, avec plus d’abstraction, j’ai atteint une forme décantée jusqu’à l’essentiel » conclut ce maître absolu.
Isabelle BRIONE
Matisse 1941-1954 – Grand Palais, 17 avenue du général Eisenhower, Paris 8e. Du mardi au dimanche, jusqu’au 26 juillet 2026. Infos : grandpalais.fr
À voir en replay le documentaire exceptionnel Matisse & Lydia sur France TV.

 Photo ci-dessus : Henri Matisse, Intérieur rouge, nature morte sur table bleue, 1947 – Huile sur toile, 116 x 89 cm – Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf – Photo © BPK, Berlin, Dist. GrandPalaisRmn / Walter Klein

Photo ci-dessus – Henri Matisse, Branche de prunier, fond vert, 1948 – Huile sur toile, 116 x 88,9 cm -Pinacoteca Agnelli, Turin- Photo © GABRIELE CROPPI/Scala, Florence

 Photo ci-dessus : Henri Rousseau (1844-1910)- Combat de tigre et de buffle, 1908 – Huile sur toile, 183 x 203 cm -Cleveland, The Cleveland Museum of Art, don d’Hanna Fund – Photo © The Cleveland Museum of Art – Howard Agriesti

 Photo ci-dessus : Henri Matisse, L’Escargot, 1953 – Papiers gouachés, découpés et collés sur papier marouflé sur toile, 286 × 287 cm, Tate, Londres – Photo © akg-images / Erich Lessing