montefiore - Prix du meilleur album 2026
une ode au mode équestre
LES CAVALIERS DÉFENDENT L'HONNEUR DE LEUR QUARTIER
Avis aux amoureux d’équitation et de roman graphique : avec Montefiore, Pierre-Henry Gomont livre une bande dessinée poignante sur la passion des chevaux, la transmission et les blessures familiales. Une réussite magistrale.
Qu’il s’agisse de cavaliers chevronnés, de jockeys, d’amateurs de saut d’obstacle ou de simples esthètes, tous les passionnés de chevaux trouveront un écho dans cette bande dessinée. Le cheval y est sublimé dans ce qu’il a de plus noble : un animal d’une beauté rare, capable de nouer avec l’humain une relation fusionnelle, quasi magique, à force de patience et d’attention.
L’histoire
Dans une Italie baignée de lumière. Deux frères découvrent qu’une partie de leur famille, soigneusement ignorée par leur père, tient un élevage de chevaux, futurs champions de course à Sienne. C’est au galop que revient dans le cœur des deux garçons l’amour du risque et de ces élégants animaux. Lors d’un été, ils vont apprendre à apprivoiser des purs-sangs, pendant que leur père affronte les démons du passé… Huit ans après le remarqué Malaterre, Pierre-Henry Gomont replonge dans le roman familial pour offrir un hommage vibrant : celui d’un fils à sa mère, et d’un père à ses enfants.
Le Palio : l’intensité brute des courses italiennes
En ancrant son récit dans l’Italie, l’auteur met en lumière la tradition séculaire du Palio, ces courses frénétiques organisées en plein cœur des villes, dont le plus célèbre reste celle de Sienne.
Ici, point de propriétaires : les cavaliers montent à cru pour défendre l’honneur de leur quartier, avec pour seule récompense une bannière de soie peinte à la main. D’une extrême violence où tous les coups sont permis pour faire chuter l’adversaire, ces épreuves spectaculaires suscitent aujourd’hui de vives controverses quant au bien-être animal. L’auteur avec ses dessins et cadrages très expressifs illustre la violence du Palio mais aussi parvient à décrire les moments de tendresse. Il use pour cela une belle palette de couleurs qu’il manie avec sensibilité et subtilité.
Quand la pudeur côtoie la poésie
Mais au-delà du sport, c’est l’émotion qui domine chaque page. Malgré les failles d’une famille dysfonctionnelle, pétrie de secrets, de pudeur et de rancœurs, l’amour affleure à chaque case. Celui, maladroit, d’un père taiseux incapable d’exprimer son affection, et celui, viscéral, des deux garçons pour leurs montures.
En filigrane, l’auteur livre une réflexion intime sur la difficulté de voir ses enfants grandir et prendre leur envol. La planche finale, d’une très grande force symbolique, conclut cet ouvrage sur une note très poétique.
À propos de l’auteur
Né à la fin des années 1970, Pierre-Henry Gomont doit son déclic créatif à sa grand-mère maternelle, dont le coup de crayon pour représenter les équidés l’a marqué dès l’enfance. Après des études de sociologie qui ont affûté son regard sur la nature humaine, il se tourne vers la bande dessinée. On lui doit notamment Malaterre, La Fuite du cerveau (récit décalé autour du vol du cerveau d’Albert Einstein) ou encore la fresque Slava. Avec Montefiore, il signe l’un de ses albums les plus aboutis.
C.C
PS/ À Saint Malo au festival Quai des Bulles, Pierre Henry Gomont a reçu le prix du meilleur album 2026 pour Montefiore.
Christian CHARRAT
Montefiore – de Pierre-Henry Gomont – 192 pages – 27 € – Éditions Dargaud – dargaud.fr





