NOUS QUI AVONS CONNU SOLANGE

un siècle de femmes

UN SECRET BIEN ENFOUI

Avec ce dernier roman, Nous qui avons connu Solange, Marie Vareille compose une fresque familiale intime, une histoire de femmes, de secrets longtemps enfouis et de blessures dont les échos traversent les générations.

« Le jour où je suis devenue une meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles. »                  

À 107 ans, Célestine se confie à Biquette. Il y a Solange, bien sûr. Une sœur, une enfance, un drame : derrière les souvenirs se dessinent peu à peu les contours d’un passé que le temps n’a pas suffi à apaiser. Et cette question qui s’installe dès les premières pages : sommes-nous vraiment capables d’accepter celles qui ne nous ressemblent pas ?

Leurs vies en héritage

Ici les secrets familiaux ne sont pas seulement des ressorts romanesques. Ils racontent aussi ce qui se transmet à notre insu, les silences qui s’installent d’une génération à l’autre, les blessures que l’on ne sait ni nommer ni réparer. Ce que l’on avait pu considérer comme une faute, une honte ou une folie se révèle parfois plus complexe qu’il n’y paraissait.

La romancière invite ainsi à se méfier des jugements trop rapides. Derrière les comportements les plus déroutants peuvent se cacher une souffrance ignorée, un désir contrarié ou une liberté que l’époque ne permet pas. Nous croyons connaître nos proches parce que nous partageons leur quotidien, leurs souvenirs, parfois leur histoire. Mais savons-nous vraiment ce qu’ils ont vécu, ce à quoi ils ont renoncé ?

Des libertés conquises, des rêves contrariés

À travers ces destins féminins se dessine l’évolution d’un siècle. Les femmes de Marie Vareille n’ont ni les mêmes droits ni les mêmes possibilités. Pour certaines, choisir sa vie relève de la transgression. Pour d’autres, les portes commencent à s’ouvrir, sans que disparaissent pour autant les contraintes familiales, sociales ou intimes.

Un contraste traverse également le récit : les hommes de la génération de Célestine occupent une position de décideurs, mais demeurent à l’arrière-plan de l’histoire. Le pouvoir leur appartient, pourtant ce sont les femmes qui en constituent le cœur. Le récit donne ainsi toute leur place à celles dont les choix, les renoncements et les désirs ont longtemps été relégués au second plan.

L’auteure évite pourtant de transformer cette traversée du temps en démonstration. Ses personnages ne se réduisent pas à leur époque et ne sont pas davantage érigés en héroïnes exemplaires. Elles avancent avec leurs contradictions, leurs erreurs, leurs rêves et leurs faiblesses. C’est précisément ce qui les rend humaines.

Ce que les années n’effacent pas

Le récit se construit par touches successives, au gré des souvenirs et des révélations, de l’amour souvent mais de la haine aussi. Les pièces s’assemblent peu à peu, sans que le plaisir de comprendre ne prenne jamais complètement le pas sur l’émotion.

Derrière une mère, une grand-mère, une sœur, il existe toujours une femme dont nous ne connaissons qu’une partie du récit.

Marie Vareille, l’art des blessures secrètes

J’avais déjà beaucoup aimé Désenchantées, où la romancière explorait avec justesse l’adolescence, l’amitié, les blessures et les secrets. Avec Nous qui avons connu Solange, elle élargit son regard et déploie une fresque plus ample, sans rien perdre de son attention aux êtres et à leurs fragilités.

Outre sa plume fluide et sensible, ce que j’aime chez elle, c’est cette façon de faire émerger, derrière les mystères et les rebondissements, une émotion profondément humaine. Ses personnages ne sont jamais tout à fait ceux que l’on croit. Et leurs histoires, une fois le livre refermé, continuent de cheminer un peu avec nous.

Sylvie di MEO

Nous qui avons connu Solange  – De Marie Raveille – Éditions Flammarion – 432 pages – 22  – editions.flammarion.com