portraits de corée du nord
Voyage au sein d'une dictature
Ses images ouvrent des fenêtres sur la vie quotidienne
Photo ci-dessus : Répétition de danse collective, Pyongyang
© Stéphan Gladieu / Courtesy School Gallery Paris
Le musée des Confluences de Lyon s’intéresse aussi à la photographie. Jusqu’au 2 janvier 2028, sa nouvelle exposition emmène les visiteurs en Corée du Nord. Le photographe Stéphan Gladieu a pu se rendre cinq fois entre 2017 et 2020 dans cette dictature très fermée. Il livre une quarantaine de portraits, soigneusement mis en scène, qui allient esthétique et travail documentaire.
15 ans d’attente
Pendant 15 ans, le grand reporter quinquagénaire a tenté de faire ce voyage. Grâce à un concours de circonstances (un ami proche d’un professeur de coréen/organisateur de voyages), il a fini par obtenir l’autorisation d’y pénétrer pour mener un projet artistique. Ses déplacements étaient soumis à autorisation et il a été accompagné tout au long de ses séjours.
Un studio photo mobile
Le parcours débute avec une vue générale de la capitale Pyongyang, que l’on découvre dans la brume avec d’étonnantes tonalités pastel. Suivent des portraits en grands formats, réalisés avec des flashes grâce à son studio photographique mobile et selon une méthode bien cadrée. « Je choisis des gens de façon aléatoire, que je photographie à la même distance – 5 mètres – et en prenant toujours soin de les associer avec un arrière-plan ».
Être dans la perfection
Du salon de coiffure à la patinoire, de l’usine à la rizière, ses images ouvrent autant de fenêtres sur la vie quotidienne dans ce pays replié sur lui-même. Les personnages posent de façon rigide et fière, dans des décors esthétiques. « Il y a toujours cette volonté nord-coréenne de contrôle absolu, d’être dans la perfection et de considérer les choses belles et montrables car parfaitement finalisées » souligne l’auteur devant le cliché d’un homme qui fait ses courses dans un centre commercial et dont les rayons peuvent paraître irréels.
Des James Bond girls
L’intérêt de cette (petite) exposition réside dans les commentaires vidéo et audio de Stéphan Gladieu sur les coulisses des prises de vue. Si l’on devait en retenir une seule, ce seraient ces deux jeunes femmes à l’entraînement au stand de tir. Les militaires ont refusé de poser. Les deux hôtesses qui travaillent là et tirent quotidiennement, acceptent de se placer en miroir, avec le pistolet tenu dressé.
Devant le résultat, Stéphan confie à son entourage : « on dirait des James Bond girls ». Le guide ne traduit pas. Pourquoi ? Il interroge : « C’est quoi une James Bond Girl ? « Le fait de ne pas partager de référent commun fait que nous n’avons pas la même lecture des photographies » estime le Français.
Une question taraude le visiteur : pourquoi les autorités ont-elles accepté sa venue ? « C’est le paradoxe dans les dictatures : elles veulent vivre cachées mais elles ont le fantasme de réaliser une œuvre révolutionnaire qui sera comprise » croit savoir « l’heureux élu ».
Isabelle BRIONE
Corée du Nord – par Stéphan Gladieu, jusqu’au 2 janvier 2028 au musée des confluences, 86 quai Perrache, Lyon 2e. Entrée 12 euros, gratuits pour les moins de 18 ans et les étudiants de moins de 26 ans. Catalogue de 160 pages, paru chez Actes Sud, 37 euros. Infos : museedesconfluences.fr
Autres expositions temporaires à voir actuellement : « Zombis », jusqu’au 16 août 2026. « Trop forts », pour les 8-12 ans jusqu’au 18 octobre 2026,
« Au Mali quand les animaux dansent » jusqu’au 7 février 2027.