RENCONTRES DE LA PHOTOGRAPHIE - ARLES - 1
Le paradis en DIX étapes
47 EXPOSITIONS EN 28 LIEUX
Photo ci-dessus : Galerie Huit – Marcel Duchamp – Île de France. c 1955 © Estate Michel Sima
Les 57e rencontres de la photographie d’Arles invitent à regarder le monde avec plus d’intensité jusqu’au 4 octobre 2026. Avec 47 expositions accueillies dans 28 lieux. Ses récits sont ancrés dans différents territoires notamment l’Afrique, dont le Ghana qui a inspiré l’affiche. Invité lui aussi, William Klein indique « This way to heaven » (par ici le paradis). Voici notre chemin en dix étapes.
1- William Klein, « This way to heaven »
Disparu en 2022, William Klein aurait eu cent ans aujourd’hui. A 18 ans, il avait gagné un appareil Rolleiflex au poker. Il est l’auteur d’une œuvre ouvertement critique et politique. « Par ici le paradis » expose son engagement tout au long d’un parcours rétrospectif associant photographies, peintures, films et dessins. Le spectacle visuel dispensé par les mass media et les systèmes de pouvoir qu’ils nourrissent est dépeint par celui qui avait pour devise « Liberté et justice pour tous ». Touchant !
>Chapelle du museon Arlaten.
2- Ghana ! « Rêver l’indépendance »
Un jeune homme à vélo avec veston et nœud papillon. C’est le cliché de Carlos Idun-Tawiah, « de nombreuses raisons de vivre à nouveau » (2022) qui donne le ton de cette nouvelle édition des Rencontres de la photographie.
Pour établir l’identité du Ghana, ancienne Côte-de-l’or, premier pays d’Afrique subsaharienne à obtenir son indépendance en 1957, son leader Kwame Nkrumah s’appuie sur la photographie. Elle occupe une place cruciale dans l’image de la jeune nation, dans son territoire, comme à l’étranger. Inspirant !
>Au palais de l’archevêché.
3- Martine Barrat, « l’âme de la ville »
A Harlem, on la surnommait « picture girl ». Danseuse dans le Paris des années 1960, Martine Barrat s’installe à New York en 1968, Elle entreprend un travail documentaire, à la fois intime et politique, avec les gangs (qui voulaient lui dérober son appareil photo). Elle tisse des liens avec cet environnement, et plus tard, avec le quartier de la Goutte d’Or, à Paris. Yves Saint Laurent, immortalisé lui aussi, fut le premier collectionneur de ses clichés. Son œuvre est guidée par sa curiosité pour la rue, son humanité et sa tendresse, nimbée de tristesse et de noirceur. A 93 ans, elle vit toujours (à moindre coût) au mythique Chelsea Hotel à Manhattan. Poignant !
>Espace Van Gogh.
4- Charlotte Gainsbourg « 5 bis »
Tout est noir dans ce petit espace à l’image de l’hôtel particulier de Serge Gainsbourg, au 5 bis de la rue de Verneuil à Paris. Son paquet de Gitanes et son briquet, Zippo. Une paire de menottes. L’empreinte de ses fesses sur son canapé… Charlotte Gainsbourg a passé des jours et des nuits à traquer les traces laissées par son père, disparu en 1991. Elle s’est concentrée sur des détails avec des gros plans présentés en format carré (comme des pochettes de disques) sans titres, ni légendes. Elle les a réalisés avec un Hasselblad (appareil réputé pour sa qualité exceptionnelle, utilisé pour la mission Apollo sur la lune) sur lequel elle a greffé un pied pour lui éviter de trembler.
L’exposition est censée être accompagnée d’un parcours sonore (qui ne fonctionnait pas lors de notre passage début juillet). Ne pas oublier de consulter le livre de photos. Elles sont accompagnées de souvenirs inscrits de façon manuscrite, parfois raturés, par Charlotte. Ceux qui ont déjà visité l’antre du chanteur à Paris reconnaîtront les commentaires de l’audioguide. Intriguant !
>Galerie du cloître. Attention, jusqu’au 6 septembre 2026.
5- « Michel Sima et ses amis »
C’est la bonne surprise, comme un off des Rencontres. La Galerie 8, gérée par Julia de Bierre, vaut le détour pour lui-même, installé dans un hôtel particulier du XVIIe siècle, en plein centre-ville. Au 1er étage, on croise « Michel Sima et ses amis ».
En 1945, Michel Smajewski revient des camps et il se reconstruit en reprenant la pratique de la sculpture et en photographiant des amis qui l’encouragent. Pas n’importe lesquels : Picasso, Françoise Gilot, Man Ray, Marcel Duchamp, Cocteau. Matisse… Sur une suggestion de Paul Eluard, il adopte ce nom de Sima qui est l’anagramme … d’amis. Émouvant !
>8, rue de la Calade. Fermé du 1er au 19 août 2026.
Isabelle BRIONE
Rencontres de la photographie d’Arles 2026 – jusqu’au 4 octobre. Tarif : 35 euros forfait journée. 42 euros le pass sur toute la durée du festival. Réduit pour les 18/25 ans : 33 euros. Gratuit pour les – 18 ans et les Arlésiens. Plus d’infos : rencontres-arles.com/fr