rue de l'Espérance,1935

La génèse d'un quotidien

Un polar engagé bien ficelé

Les premiers congés payés voient le jour en France en 1936, un droit que l’on doit à Henri Barbusse, écrivain et homme politique. Après un mouvement de grève massif, les travailleurs gagnent deux semaines de congés payés. Pour la première fois, des milliers de français sont sur la route des vacances méritées, alors que les ouvriers de l’époque travaillaient quarante-huit heures par semaine, inimaginable aujourd’hui.

L’auteur Alex Courban dans son polar, Rue de l’Espérance, 1935, publié chez Folio, contextualise l’année qui précéda cette révolution sociale et s’en sert pour mettre en scène un assassinat et la traque d’un inspecteur veuf pour retrouver le meurtrier.

L’histoire

  1. Tandis que l’ombre du fascisme grandit à l’horizon, la course effrénée au développement aéronautique bat son plein. André Legendre, dessinateur industriel dans la société Gnome et Rhône, est retrouvé égorgé dans le métro parisien. Le commissaire Bornec tente d’élucider ce meurtre singulier, avec pour seul indice, l’étrange couteau en forme de feuille de laurier que le coupable a laissé planté dans le cou de la victime. Au même moment, les journalistes de L’Humanité, Gabriel Funel et Camille Dubois, se lancent dans une investigation sur les conditions de travail des métallurgistes. Leurs enquêtes vont converger au cœur d’un engrenage mortel…

L’Humanité : la genèse du quotidien communiste

Que vous soyez ou non communiste et lecteur de L’Humanité, ce polar vous saisira par son approche réaliste et ses informations documentées sur l’Histoire. Rappelons qu’en 1933, Hitler prend le pouvoir en Allemagne. Il sera rejoint en 1938 par le redoutable dictateur italien Benito Mussolini qui adhère à sa politique fasciste. Bien que le récit d’Alexandre Corban démarre en décembre 1934, il y fait aussi référence ainsi que le conflit entre l’Éthiopie et l’Italie. Mais la géopolitique n’est pas la seule à intéresser le lecteur. Les personnages sont disséqués par Alexandre Courban. Il écrit au sujet de son héros : « Gabriel Funel a dans son allure quelque chose de distingué qu’on ne s’attendait pas à voir chez un communiste ». Curieusement, il n’était pas obligatoire d’être membre pour travailler pour l’organe central du parti communiste. Camille Moulin, autre personnage central du livre, est une jeune femme qui décide d’arrêter son travail en usine pour rejoindre la rédaction de L’Humanité. Elle a une passion pour la photo mais surtout pour le beau journaliste Gabriel. L’Humanité a l’ambition de dépasser le tirage plus important du quotidien Le Petit Parisien. Il faut donc mettre à la une un scoop vendeur et cet assassinat en est un.

La vie à Paris en ces années

Le couteau qui a servi à tuer le dessinateur est laissé sur place, comme avertissement mais pour qui ? L’inspecteur Bornec met toute son énergie pour découvrir qui était vraiment André Legendre et pourquoi aurait-on assassiné un homme sans histoire ?  Cet homme aurait-il une double vie sexuelle et secrète ?

Ce polar est très instructif car on y apprend moultes choses. Par exemple, à la brigade mondaine de la ville de Paris, un service était chargé du contrôle des chambres louées meublées. On en dénombrait plus de trente mille dans le département de la Seine dont certaines entretenaient la prostitution féminine ou masculine «Officiellement », la police des mœurs ne possédait pas de registre concernant les homosexuels.

L’auteur tire habilement les fils de cette intrigue qui mêle politique, travail au sein de la rédaction d’un nouveau journal, les mœurs de l’époque et espionnage dans un contexte historique dangereux avec la montée du fascisme qui se répand comme une trainée de poudre. On ne peut que saluer la véracité des éléments mentionnés dans cette intrigue réussie. Lire en s’instruisant est l’argument le plus puissant qui soit.

C.C

Rue de l’Espérance, 1935 – d’Alexandre Courban – Éditions Folio – 288 pages – 9,50 € – folio-lesite.fr