Summerboy, une balade onirique

Un ovni mélangeant angoisse et humour

Une bande dessinée de toute beauté !

En juin, c’est le moment de la Gay Pride ou Marche des fiertés LGBT+ partout en France et à différentes dates. C’est aussi le moment de souligner que l’homophobie fait son grand retour avec des agressions violentes contre les gays dans le pays mais aussi à l’étranger. Le Sénégal par exemple, est devenu un enfer pour la population gay. Aussi, c’est avec amusement que l’on découvre l’album de bande dessinée de Félix Auvard, Summerboy paru aux éditions Dargaud.
L’histoire.
Abel vit à Paris avec sa sœur Nora. À part sortir, draguer des mecs et faire la fête, il n’a pas beaucoup de projets. Inquiets, ses parents lui demandent de revenir pour l’été à Merville où ils lui ont dégoté un job de gardien d’aquarium. Il y rencontre Paul qui tient le guichet. Entre eux l’attirance est immédiate. Mais Paul n’a jamais dit à personne qu’il était gay, et n’a jamais eu de relations sexuelles. Au matin de leur première nuit ensemble, la ville entière semble avoir été engloutie par la mer. Est-ce la réalité ou une sorte de dimension parallèle ? Quoi qu’il en soit, dans cet aquarium devenu une île coupée du monde, Paul et Abel vont devoir vivre ensemble et trouver la clé du mystère… et la porte de sortie. Dans cette quête, ils ne sont pas seuls : il y a avec eux trois vieilles filles bigoudènes et une poignée d’enfants turbulents.
Un récit onirique et surréaliste
Ce qui commence comme un coup de foudre se transforme en récit onirique, surréaliste. L’auteur, qui se dessine sous les traits de Paul, maîtrise visiblement les codes gays, Grinder et sa galerie de profils. Il décrit avec humour les nuits trop arrosées où on se réveille à côté d’un inconnu à la mauvaise haleine. Il raconte aussi la difficulté de s’avouer homosexuel et de cacher sa sensibilité, un problème existentiel pour de nombreux adolescents. Si son récit bascule dans le mystère et peut se révéler angoissant, il est entrecoupé de scénettes fort drôles grâce à la présence de trois goélands à la recherche de nourriture, d’enfants que l’on dirait sorti du film Les Minions et dont les dialogues font redescendre la pression et aussi des trois Bigoudènes : Gwenaëlle, Stérenn et Nolwenn, hilarantes.
Avec ses dessins éclatants et généreusement colorés, cet album s’inscrit dans la plus belle tradition de la bande dessinée franco-belge. Mais ne vous y trompez pas : derrière cette apparente familiarité se cache un récit étrange, teinté d’ésotérisme, qui intrigue autant qu’il fascine. Publié par les éditions Dargaud, l’ouvrage cultive avec brio une ambiguïté permanente entre réalisme et irréel. Véritable OVNI dans le paysage de la BD, cet album déploie un univers singulier et décalé qui séduit par son audace, son imagination foisonnante et son charme irrésistible.
L’auteur
Félix Auvard est né en 1996. Après l’école Estienne et le lycée technologique d’arts appliqués Auguste Renoir à Paris, il termine ses études à la haute école des arts du Rhin à Strasbourg. Il y monte l’atelier Demi-Douzaine avec d’autres artistes qui travaillent dans la bande dessinée, le graphisme, l’édition jeunesse ou le montage d’exposition. Il est très présent sur Instagram et il participe à Matin ! Quel journal, le quotidien digital des éditions Dargaud. Un auteur à suivre.
C.C
Summerboy – de Félix Auvard – 176 pages – 23,50 € – dargaud.fr

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