the deuce - la faillite d'une ville iconique

LA GÉNÈSE DE L'INDUSTRIE DE LA PORNOGRAPHIE

                                         Toutes les photos : © HBO

UNE VILLE GANGRENÉE PAR LA CORRUPTION

HBO nous surprend chaque fois avec des séries percutantes dont The Deuce ou la 42éme rue. Il s’agit d’une série sur 3 saisons et en 25 épisodes d’environ 59 minutes. Elle est créée et écrite par l’auteur et ancien journaliste David Simon et son collaborateur George Pelecanos.

La série a pour thème principal la légalisation et l’ascension de l’industrie pornographique à New York au début des années 1970. Les thèmes abordés portent également sur l’épidémie de drogue et la prostitution et l’explosion de l’immobilier à cette période par des mafieux et des promoteurs avisés. Le titre de la série The Deuce, vient du surnom de la 42è rue de Manhattan entre la Septième avenue et la Huitième avenue.

L’histoire

Dans la ville de New York des années 1970 et 1980, la violence et les méfaits de la drogue empirent. Les frères jumeaux Vincent et Frankie Martino font face à la mafia qui sévit à Times Square, lieu où travaille également Candy, une prostituée qui se tourne vers l’industrie naissante de la pornographie. La première saison se déroule entre 1971 et 1972, tandis que la deuxième saison débute cinq ans plus tard, en 1977 et se termine à l’été 1978. La troisième saison se déroule entre 1984 et 1985.

Une ville en faillite sauvée par un homme, Félix Rohatyn

Il est important de remettre la série dans le contexte et la temporalité, New York dite La Grosse Pomme dans les années 70 est en faillite. La mafia italienne règne en maître sur les trafics : drogue, jeux, prostitution. Le quartier de Times Square, aujourd’hui, une halte incontournable pour les touristes était le lieu de tous les dangers et le temple du sexe. Il était risqué de prendre le métro tard le soir. Le quartier est sale et devient la vitrine du vice et de la violence quotidienne. La corruption gangrène les politiques, la police et les administrations. La dette de la ville à cause de l’explosion des dépenses et la désindustrialisation du territoire, s’élève en 1975 à 13 milliards de déficit… Le maire de la ville appelle à l’aide le président Gerald Ford qui lui répond « Drop Dead ! » Va mourir en français. La crise sera jugulée par un homme, Félix Rohatyn, directeur de la branche américaine de la banque Lazard Frères et la ville échappera à la faillite faisant de cet homme très respecté, une légende de la finance américaine. Sous l’ère Clinton, il sera l’ambassadeur des États-Unis en France.

Un casting époustouflant

La série traduit brillamment le délabrement du quartier et de ses trafics. Elle est soutenue en cela par un casting de haute volée. Maggie Gyllenhaal, (Candy) sœur du grand acteur Jake Gyllenhaal, héros malheureux du film, Le secret de Brokeback Mountain. Sa sœur Maggy, est magnifique, sublime dans sa résilience face au malheur, bien décidée à travailler seule sans un souteneur quoiqu’il lui en coûte… Elle force le respect au fil des épisodes par l’intensité de son jeu bouleversant. Le talent est visiblement dans les gènes de la famille Gyllenhaal. Elle se livre corps et âme à son personnage de prostituée se battant pour gâter son enfant confié à sa mère.

James Franco, est aussi exceptionnel dans le rôle des deux jumeaux (Vincent et Frankie Martino), il se dédouble, impressionnant dans la représentation de chacun des deux hommes. Un (Frankie) est hâbleur, joueur, limite immature et escroc. L’autre (Vincent) divorcé, père de famille, est : travailleur, honnête, droit dans ses bottes gérant avec subtilité les mafieux et une police corrompue.  

Les actrices sont toutes parfaites dans leur rôle de travailleuse du sexe, on ne peut les citer toutes, hélas : Emily Meade (Lori,) Olivia Luccardi (Melissa,) Sepideh Moafi (Loretta.) Elles arpentent la chaussée sur de hauts talents qui les blessent et ce malgré la pluie, le froid, les dangers et les coups de leur souteneur. Elles sont souvent arrêtées et conduite en prison. Sous leurs airs bravaches, la plupart souffrent et cachent de profonds traumatismes. Le malheur devient palpable, on inhale du désespoir… Les acteurs jouant les souteneurs sont plus que crédibles dans leurs costumes trop voyants. On manque d’adjectifs concernant le casting et le jeu, tant chacun est à sa place dans cet univers sombre où la mort rode.

Une sexualité décomplexée et commercialisée

La série est basée sur la prostitution et l’émergence de la pornographie donc les scènes de sexe sont nombreuses mais sans verser dans le registre « Only Fans » qui sévit de nos jours. La série est donc déconseillée au moins de 16 ans. L’homosexualité est aussi abordée car malgré la révolte du Stonewall Inn en 1969, il est toujours facile pour la police d’arrêter les homosexuels pour racolage ou outrage à la pudeur car surpris en action dans des cinémas pornos. Le Studio 54 qui permet tous les excès (drogue et sexe) ne verra le jour qu’en 1977.  La série criante de vérité, n’est pas sans rappeler l’excellent film Boogie Nights (1997) de Paul Thomas Anderson et dont l’action se situe en 1977 dans le milieu du cinéma porno. La drogue est omniprésente sur les plateaux pour stimuler les acteurs mais elle détruit leur vie. Il faut lire la biographie de Charles Isherwood, sur Joey Stefano, Wonder Bread and ecstasy. Stefano était une star du porno gay, il figure dans le livre Sex de Madonna. Il décède à l’âge de 26 ans d’une overdose. L’industrie du porno a aussi ses martyrs…

Une question toutefois se pose, pourquoi ces femmes blanches ou noires, livrent leur corps et âme à cette industrie qui les maltraite, les dégrade ? La question reste aussi posée aux prostitués mâles ?  …

Peut-on parler d’une série iconique en ce qui concerne The Deuce ? La réponse est spontanée et positive, une série à voir ou revoir.

Christian CHARRAT

The Deuce – de David Simon et George Pelecanos – 3 saisons – 25 épisodes – HBO – hbomax.com

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