plus fort que moi de K.jones
Plus fort que les préjugés et la maladie
Toutes les photos : © Angélina
Une pépite du cinéma britannique
Voilà une pépite du cinéma britannique que l’on ne s’attendait pas à découvrir. Le film de Kirk Jones (titre original : I swear – Je jure,) nous force avec brio, humour (tout britannique) et profonde émotion (sans tomber dans le pathos), à considérer sous un autre jour, une maladie très invalidante, le syndrome de Gilles de la Tourette. Nom du docteur neurologue qui identifia la maladie des tics convulsifs en 1885 et qui mourut à l’âge de 46 ans.
L’histoire (vraie)
Le film est d’autant plus bouleversant qu’il est tiré d’une histoire vraie. Celle de John Davidson, un écossais qui grandit, dans les années 80, avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore méconnue qui provoque l’incompréhension, la stigmatisation mais aussi la détermination du jeune homme.
Un entourage désemparé
Ce film est classé comme étant un Feel Good Movie, ce qu’il est indubitablement. Mais c’est surtout une découverte pour ceux qui ne connaissaient rien de cette dramatique maladie. Le jeune John brille comme gardien de but le dimanche, mais pas sur les bancs de l’école. À l’adolescence tout bascule pour lui. Il devient impuissant à contrôler ses jambes, ses bras ou son cou. Ses muscles se crispent et il hurle des insultes et insanités en tout genre. Son corps et sa voix lui échappent totalement et son entourage, même proche, ne le comprend pas. Ses camarades rient de lui, ses professeurs le punissent, sa maladie l’isole totalement et sa vie se change en enfer sur terre. Si ses insultes et manies engendrent des violences, elles nous font rire aussi tant ces vociférations sont ahurissants, vulgaires et déplacés.
Une rencontre qui change tout
On le sait, la chance passe toujours dans la vie de chacun, il suffit de la reconnaître et de savoir la saisir… La mère, de son seul ami, infirmière en psychiatrie, réussit à déceler sa maladie car s’en est une ! En comprenant ce dont souffre ce jeune homme, elle peut en expliquer les symptômes. Elle sait que des traitements existent pour accompagner les personnes atteintes de ce syndrome et convainc peu à peu John, que ce dernier, marginalisé, a toute sa place dans la société et que personne ne devrait être tenu à l’écart à cause d’une maladie. Dottie Achenbach, puisque c’est son nom, l’installe chez elle malgré les incidents et les insultes récurrentes (et drôles). Cette femme intelligente et pleine de bonté l’accueille, le nourrit, l’aide à trouver un travail, le responsabilise, et tout cela sans condition et sans aucun jugement. Grâce à cet amour presque maternel, le jeune homme se sociabilise et réussit à se faire accepter. Ses maux lui sont expliqués et il va trouver peu à peu, les mots pour aider les autres victimes et leurs familles… Ses efforts seront récompensés.
C’est une magnifique ode à la tolérance, à la différence, à la fraternité et à l’amitié. Malgré les rires, les larmes ne sont jamais loin. Le réalisateur Kirk Jones (« Everybody’s Fine », « Nanny McPhee ») s’est inspiré du témoignage de John Davidson : “J’ai compris que cet homme, poussé par sa maladie à dire des choses blessantes et obscènes, était en réalité l’un des êtres les plus bienveillants que j’aie rencontrés.” Cette contradiction nourrit un récit singulier, oscillant entre humour et tragédie, pour nous offrir la plus belle preuve d’humanité.
Les acteurs
Il faut saluer la performance de Robert Aramayo (John Davidson,) sa prestation lui vaut Le Bafta du meilleur acteur en 2026. Il est accompagné et soutenu par l’excellente actrice Maxine Peake (Dottie Achenbach) et Scott Ellis Watson (John Davidson, jeune.) N’oublions pas Peter Mullan (Tommy Trotter) et Prix d’interprétation à Cannes pour le film de Ken Loach My name is Joe en 1988).
Un film qui devrait être présenté dans les écoles tant son message de tolérance est nécessaire et touchant.
Christian CHARRAT
Plus fort que moi – de Kirk Jones – 2h