tramp - les naufragés du lavalette
YANN CALEC, DÉFENSEUR DES MINORITÉS ÉTHNIQUES ET HOMESXUELLES
UNE AMBIANCE DÉLÈTERRE RÈGNE SUR LE NAVIRE
La série Tramp, qui nous enchante depuis 1993 ne déçoit pas, bien au contraire ! Avec ce nouvel opus, le quinzième, Jean-Charles Kraehn et Roberto Zaghi mettent une nouvelle fois en scène le toujours aussi séduisant commandant Yann Calec. Dans ce récit, celui-ci prend ouvertement la défense des minorités ethniques et des personnes homosexuelles. L’album aborde également un thème aussi troublant que terrifiant : le cannibalisme.
L’histoire
Alors que le Pierrick entame en méditerranée un nouveau convoyage de marchandises, le commandant Yann Calec est soucieux. Il a dû remplacer son chef mécanicien, accidenté avant le départ, par Mathias Lebur, un marin d’expérience mais à la mentalité exécrable. Raciste, homophobe, sanguin, il distille l’agressivité sur le cargo. Ses sous-entendus graveleux sur l’homosexualité supposée du mécanicien Lukaz ou ses piques en direction de « la Plume » à propos d’un ancien et douloureux naufrage rendent l’ambiance électrique à bord. L’empoisonnement à l’eau de Javel du jeune mécano fait monter d’un cran la tension. C’est le premier d’une série d’actes criminels qui vont endeuiller l’équipage du Pierrick.
Un huis clos toxique
Avec l’arrivée de Mathias Lebur, ses propos et ses idées négatives et extrémistes, les auteurs installent un huis clos toxique entre les membres d’équipage. Pourtant, avant son embarquement, tous semblaient entretenir de bonnes relations. À cette tension s’ajoute un drame qui hante « la Plume » : le naufrage du Lavalette qui ne peut manquer de faire appel à la mémoire collective avec le naufrage en juillet 1816 du navire, La Méduse.
Ce drame épouvantable, donnera naissance au tableau mythique de Théodore Géricault, Le Radeau de La Méduse, aujourd’hui exposé au musée du Louvre. Une référence historique qui n’a pas échappé aux deux auteurs.
Sur le Pierrick, l’ambiance est de plus en plus délétère et les disputes et les actes violents vont se succéder. Le commandant Yann Calec va devoir mener sa propre enquête pour tenter de comprendre ce qui se joue réellement à bord.
Les idées malsaines de Mathias Lebur ont-elles influencé certains membres de l’équipage ? Et jusqu’où cette influence peut-elle aller ? Jusqu’à entraîner la mort d’un marin dans des circonstances particulièrement sacrificielles ?
La bande dessinée joue habilement avec les codes du thriller et entretient la tension jusqu’au bout. Le dessin précis et élégant de Roberto Zaghi est accompagné par les couleurs de Patricia Jambers, lumineuses malgré la noirceur du récit. Un contraste qui contribue à donner à l’album une atmosphère singulière.
Les auteurs
Jean-Charles Kraehn, né en 1955, intègre l’école Estienne à Paris, il publie d’abord deux albums pour le Crédit Agricole. En 1985, Les aigles décapités (Glénat) avec Patrick Pellerin signe ses vrais débuts d’auteur de BD.
Roberto Zaghi, né en 1969 se dirige vers le dessin après des études scientifiques. En Italie, il participe à plusieurs séries. En 2009 il reprend le dessin de Thomas Silane (Bamboo) avec Philippe Chanoinat et Patrice Buendia au scénario. En 2022, il succède à Patrick Jusseaume pour dessiner Tramp, sur un scénario de Jean-Charles Kraehn.
Petit plus appréciable : le lecteur découvre, en sous-titre, les termes employés à bord d’un navire. Une manière ludique et agréable d’enrichir ses connaissances tout au long de la lecture.
On ne dira jamais assez l’importance de la lecture !
C.C
PS/ À Saint Malo au festival Quai des Bulles, Pierre Henry Gomont a reçu le prix du meilleur album 2026 pour Montefiore.
Christian CHARRAT
Montefiore – de Pierre-Henry Gomont – 192 pages – 27 € – Éditions Dargaud – dargaud.fr



