Vincent Munier - forêts -RSF

À L'affut de la vie

Les regards interrogateurs des animaux

Photo ci-dessus : Renard roux Vosges, 2022 © Vincent Munier

Après le succès de l’exposition qui lui était consacrée au Musée des Confluences de Lyon, le photographe animalier Vincent Munier est aujourd’hui mis à l’honneur par Reporters sans frontières dans la collection 100 photos pour la liberté de la presse. Rappelons que 100 % des bénéfices de la vente des albums financent les actions de RSF de manière concrète pour défendre la liberté d’informer à travers le monde.

Vincent Munier est un archiviste de talent de la vie dans nos forêts. Sa patience n’a d’égal que sa passion pour la faune menacée. Son regard est profondément respectueux du réel, il rend visible ce que nous ne voyons jamais. L’album s’ouvre sur une double page avec une citation de Robert Hainard « Parce que nous n’avons pas fait la nature, elle est pour nous une révélation, un émerveillement inépuisable. »
Naissance d’une vocation
Né en 1979 à Épinal et élevé dans la petite ville de Charmes, Vincent Meunier grandit au cœur des forêts vosgiennes. Très tôt, son père Michel lui transmet le goût de la photographie et le respect du vivant. À 12 ans, il est autorisé à passer sa première nuit seul en pleine nature. Après des heures d’attente, il photographie un chevreuil qui s’approche et c’est une révélation. Pour financer sa nouvelle passion, il travaille comme horticulteur, maçon, puis photographe pour L’Est Républicain.
Permis en poche, il part sur la trace des grues cendrées de l’Espagne à la Scandinavie. En 1999, il publie son premier ouvrage, Le ballet des grues. Le succès est très vite au rendez-vous. Entre 2000 et 2002, il remporte à plusieurs reprises le prix Eric Hosking du prestigieux concours « Wildelife Photographer of the year » de la BBC.
En 2004, il publie Tancho et fonde en 2010 sa propre maison d’édition, Kabalan. Huit ans plus tard, il publie Tibet, minéral animal, consacré à sa longue quête de l’insaisissable panthère des neiges, qui donnera lieu en 2022 au film La Panthère des neiges couronné du César du meilleur documentaire. En 2026, Le Chant des forêts, accompagné d’un livre du même titre remporte le même César ainsi que celui du meilleur son.
La beauté fragile du vivant
L’ouvrage mêle également photographie et engagement en donnant la parole à plusieurs intellectuels, écrivains et chercheurs, tout en mettant en lumière des journalistes et acteurs de l’information engagés dans des contextes politiques sensibles : Alexis Jenni, écrivain, Gilles Clément, paysagiste, Estelle Zhong Mengual, historienne de l’Art et autrice, Simonetta Greggio, romancière et enfin Stéphanie Thiébault, directrice de recherche émérite au CNRS, spécialiste des forêts. Une manière de rappeler que la défense du vivant et celle de la liberté de la presse participent d’un même combat : rendre visible ce que certains voudraient voir disparaître.
Au fil des pages qui sont empreintes de poésie et de beauté, le lecteur est projeté dans un univers magique. Il est aussi, et c’est presque le plus touchant, interpellé par les regards interrogateurs voire accusateurs des animaux photographiés. Car derrière l’esthétique saisissante de ses clichés se dessine une réflexion plus large sur la place de l’homme dans la nature et sur l’urgence de préserver le monde sauvage.
Le droit à l’information menacé
Cet album est classé par thèmes : Le pays du dragon (Le Bouthan), Le chant des forêts, les Silences du Monde et à la fin, les portraits de deux femmes, une palestinienne, Orly Noy et une israélienne, Ghousoon Bisharat, qui ont créées ensemble + 972 un site d’information anglophone – un projet nécessaire dans le paysage médiatique israélien post 7 octobre 2023. Entre fake news et informations cadenassées, 2026 marque un net recul de notre droit à l’information. La liberté de la presse connaît une situation alarmante dans plus de la moitié des pays du monde. C’est aussi l’occasion de découvrir Don Yuyu, Leila Saralaeva et Sneha Barve journalistes engagés et courageux.
Une manière de rappeler que la défense du vivant et celle de la liberté de la presse participent d’un même combat : rendre visible ce que certains voudraient voir disparaître. Comme pour chaque album paru, 100 photos pour la liberté de presse nous entraînent dans un ailleurs emplit de beauté tâchant de nous faire oublier la cruauté du monde. 
C.C
P.S / Une exposition de Vincent Munier à lieu au Festival Photo La Gacilly (Morbihan) jusqu’au 4 octobre 2026
Vincent Munier – Forêts –  100 photos pour la liberté de la presse – Éditions RSF – 144 Pages – 12,50 € – rsf.org/fr

 Photo ci-dessus : Renard roux, Vosges, 2019 © Vincent Munier

Photo ci-dessus –  Vincent Munier © Pascale Legeai

 Photo ci-dessus :  Tigre du Bengale attaquant un buffle sauvage d’Asie , Bouthan, 2025 © Vincent Munier 

 Photo ci-dessus : Écureuil roux, Vosges, 2022 © Vincent Munier