Vivaldi et moi - réussi

L'ospedalle de la pieta

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Un premier film maîtrisé secondé par une musique magnifique

Au début du XVIIIᵉ siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes filles se produit pour les riches mécènes de l’institution. Cécilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu’au jour où l’arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.

Le contexte historique

Vivaldi avait été choisi comme maître de violon par les autorités du Pio Ospedale della Pietà (hospice, orphelinat et conservatoire de musique de haut niveau) et engagé à cet effet en août 1703. Son père le destinait à la prêtrise et il fut ordonné prêtre d’où son surnom Le prêtre roux.  Il se consacra alors exclusivement à la musique car, à l’automne 1706, il cessa définitivement de dire la messe. La Pietà n’abritait que des filles qui vivaient cloîtrées presque comme des religieuses. Certaines d’entre elles recevaient une éducation musicale poussée, ce qui en faisait des chanteuses et des musiciennes de valeur : quelques-unes pouvaient chanter les parties de ténor et de basse des chœurs et jouer de tous les instruments. Une hiérarchie distinguait les jeunes filles, selon leur talent.  Elles pouvaient prétendre à être demandées en mariage et pouvaient se produire à l’extérieur. Des concerts publics et payants étaient organisés et très courus des mélomanes et aussi des amateurs d’aventures galantes. On peut les épouser moyennant un pécule versé à l’Ospedal et si on atteste de leur virginité, détail tristement illustré dans le film.

De la scène de l’Opéra à derrière la caméra

Le réalisateur Damiano Michieletto dont Vivaldi et moi est le premier long métrage (titre orignal Primavera = Printemps en français, plus poétique) confesse que depuis plus de vingt ans la puissance narrative et émotionnelle du langage musical nourrit son travail de metteur en scène d’opéra. Son film est librement inspiré du roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa. Il voit en Antonio Vivaldi un homme solitaire épuisé par la maladie (il était asthmatique) en quête d’un sens nouveau à sa création mais aussi démuni financièrement.  Vivaldi compose très rapidement, sonates, oratorios, opéras, etc. Le réalisateur sème çà et là des extraits de Les Quatre Saisons. La bande originale du film est confiée à Fabio Massimo Capogrosso et interprétée par l’Orchestre et le Chœur du Teatro La Fenice, les amateurs de musique classique apprécieront.  Le film n’a pas le faste baroque de Farinelli de Gérard Corbiau, il est filmé avec une jolie modestie car le contexte social n’est pas le même. Si les aristocrates s’amusent, ces jeunes femmes recluses que l’on cache derrière des claustras ou des masques travaillent à se perfectionner. Le réalisateur filme avec une certaine ambiguïté le duo de Cécilia (Tecla Insolia) et Vivaldi (Michele Rondinio) dont on ne sait pas si l’amour de la musique qu’ils partagent va se transformer en amour au fil du temps ? Le compositeur prolifique la choisit comme premier violon, ce qui est prestigieux dans une formation orchestrale. C’est aussi un opus féministe, un témoignage sur un siècle où même très douée une femme de pauvre extraction et de surcroit abandonnée, n’avait d’autre choix que de vivre et grandir cachée dans un hospice. La Sérénissime (Venise) mille fois photographiée et filmée, est toujours aussi cinématographique et belle vu par la lentille de Daria d’Antonio.  Le casting est impeccable car chacun est à sa place dans son rôle. La musique au centre de l’attention bouleverse toujours autant. Comment les notes viennent si facilement à certains et que dire du mystère de la voix capable de nous tirer des larmes.

Une fin de vie misérable

Pour ceux qui l’ignorait, on apprend que Vivaldi génie de la musique baroque est mort malgré sa légendaire production, pauvre et dans l’indifférence à Vienne. Il est enterré dans une fosse commune comme un autre génie Wolfgang Amadeaus Mozart. Son œuvre et son nom seront oubliés durant deux cents ans. Heureusement, la maison de disque Naïve redonne toutes ses lettres de noblesse à l’œuvre de Vivaldi via des enregistrements absolument magnifiques.

Christian CHARRAT

Vivaldi et moi – de Damiano Michielletto avec Tecla Insolia et Michele Rondinio – 1h51 -En salles

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